Shadow of the Colossus (PlayStation 4) – La troisime, c'est la bonne

 

 

6 fŽvrier 2018

 

 

Il existe des Ïuvres que l'on dŽcouvre sans rŽel espoir de les savourer, par simple souci de se cultiver. Ce genre de situation se produit face ˆ une crŽation que la majoritŽ encense, qui ne nous intŽresse que trs peu, ou pire, que l'on a dŽjˆ tentŽ d'apprŽcier sans succs. Dans ce dernier cas, on finit par se dire "j'essaie une nouvelle/dernire fois, pour me cultiver", sans autre ambition que de combler un vide au sein d'une culture personnelle o ladite Ïuvre semble objectivement avoir sa place. C'est un peu ainsi que j'ai fini par enfin aimer Ocarina of Time il y a prs de quatre ans, et c'est dans ce contexte que j'ai dŽcidŽ de donner son ultime chance ˆ Shadow of the Colossus, "boudŽ" par la force des choses sur PlayStation 2 en son temps, mais surtout totalement rejetŽ lors de ma tentative cinq ans plus tard lors d'une rŽŽdition HD sur PlayStation 3 qui me fit surtout aduler son a”nŽ, le sublime et Žmouvant Ico. Un amour pour le style de Fumito Ueda qui me fit, par la suite, ŽnormŽment apprŽcier The Last Guardian en dŽpit de tares inhŽrentes ˆ sa gestation douloureuse. Le remake annoncŽ sur PlayStation 4 constituait alors une dernire possibilitŽ de vraiment rentrer dans cette histoire de traque aux colosses, sur la simple base d'un "pourquoi pas, je n'ai rien de prŽvu ce week-end, et a se fera vite". Shadow of the Colossus allait-il se rŽsumer ˆ une simple ligne de plus au sein de ma culture vidŽoludique, justifier dŽfinitivement une aversion qui se dessinait un peu h‰tivement, ou devenir un vŽritable coup de cÏur tardif ?



Ë propos de la version jouŽe :

 

On ne change pas une Žquipe qui gagne : c'est sur ma "bonne vieille" PlayStation 4 "fat" 1 To de mi-2016 que j'ai expŽrimentŽ la premire grosse exclusivitŽ de 2018 du c™tŽ de chez Sony. Toujours pas de vraie-fausse 4K ˆ l'horizon me concernant donc, pour cette partie de 10 heures presque tout rond en mode de difficultŽ normal, sur le review disc inclus dans le kit presse franais du jeu. L'intŽgralitŽ des captures d'Žcran a, comme de coutume, ŽtŽ rŽalisŽe par mes soins. Je tiens Žgalement ˆ remercier MajestykRay pour avoir ŽtŽ mon fidle compagnon durant cette ŽpopŽe, et avoir rŽsistŽ tant bien que mal ˆ ses furieuses envies de steak de cheval.

 

 

 

 

Shadow of a Doubt

 

 

Lorsque cette nouvelle Ždition de Shadow of the Colossus fut annoncŽe ˆ l'E3 2017 lors de la confŽrence de Sony, je m'Žtais fendu d'une critique assez virulente envers le constructeur-Žditeur qui avait, ˆ mes yeux, pas mal dŽu (pour une fois) lors de la grand-messe annuelle du jeu vidŽo. Sortir pour la troisime fois le titre "titanesque" de la Team ICO sur une troisime console de salon consŽcutive relevait, ˆ mes yeux, de la "bonne grosse blague" (sic), un propos que j'aurais peut-tre tenu avec davantage de rŽserve s'il avait ŽtŽ question d'Ico, je dois l'admettre. Parce que oui, Shadow of the Colossus Žtait de ces titres avec qui j'avais compltement manquŽ mon premier rendez-vous, au point de ne pas spŽcialement vouloir insister : je l'avais clairement rangŽ dans la catŽgorie de ces jeux n'Žtant tout simplement pas pour moi. En vŽritŽ, je ne le listais mme pas dans mon backlog PS3 pourtant consŽquent (j'aurais ressorti The Ico and Shadow of the Colossus HD Collection uniquement pour "platiner" le premier des deux titres, auquel un seul trophŽe manque ˆ ma collection) : la relative mollesse du titre, couplŽe ˆ une zone ouverte bien trop grande et qui me semblait d'un ennui mortel pour un titre ˆ vocation contemplative, me dŽcourageait de toute faon d'y remettre les pieds. J'ai cependant choisi, en fin de compte, d'accueillir ce remake PS4 avec un minimum de bienveillance, partant du principe que tout jeu remasterisŽ par Bluepoint est le fruit d'un travail minutieux, et que peut-tre, une machine d'une telle puissance pouvait faire tourner "SotC" dans des conditions rendant hommage ˆ ce dont Fumito Ueda rvait sans doute il y a prs de quinze ans.

 

 

RassurŽ avant mme d'avoir vu le jeu tourner sur la simple base du "label Bluepoint", c'est davantage au niveau du gameplay que mes plus gros doutes se situaient, de toute manire. Ds le dŽbut des annŽes 2000, et avant que thatgamecompany (entre autres) ne donne ses lettres de noblesse au concept de "jeu contemplatif" (Žgalement appelŽ "simulateur de marche") avec des Flower ou Journey, Fumito Ueda avait livrŽ sa propre vision d'un jeu vidŽo rŽellement artistique. Soucieux de toucher sur la forme comme sur un fond trs sous-entendu, visant ˆ parler au joueur sans trop en dire et l'invitant ˆ se faire sa propre interprŽtation d'un propos dŽlibŽrŽment nŽbuleux, le leader de la Team Ico en nŽgligeait cependant quelque peu les fondamentaux de jouabilitŽ. Un choix assumŽ aux allures de tare pour les plus gros dŽtracteurs, de relative mauvaise foi quand cela touchait ˆ Ico (surtout vu son contexte, en relatif dŽbut de vie de la PS2), plus objectifs lorsqu'il s'agissait de pointer du doigt les lacunes de maniabilitŽ parfois inacceptables de The Last Guardian. En proposant une aventure se dŽroulant de faon relativement linŽaire mais dans un monde entirement ouvert d'emblŽe, et ne nŽcessitant pas la moindre acquisition d'objets ou de compŽtences pour dŽverrouiller de nouvelles zones, Shadow of the Colossus choisissait, lui, de ne plus autant confiner le joueur dans une forteresse gŽante relevant de la prouesse architecturale, et de lui offrir une libertŽ d'action unique en son genre. Il promettait aussi de limiter ses phases d'action pures aux combats contre les fameux colosses, au nombre de seize, rŽpartis ˆ travers une carte dŽmesurŽment grande pour l'Žpoque, et qui devaient suffisamment occuper le joueur pour rythmer une aventure aussi magnifique que potentiellement ennuyeuse au possible. Cependant, si le level design global et surtout, l'ingŽniositŽ de chaque affrontement, venaient ˆ tenir un minimum la route, le pari de Ueda et de son Žquipe avait tout pour tre tenu.

 

 

NŽanmoins, de telles ambitions ne pouvaient tre tenues sur PS2 d'un point de vue purement technique : c'est ainsi pour son aspect purement "onirique" (oui, c'est le mot ˆ caser dans tout jeu de ce type, j'en conviens et je l'ai mme fait exprs pour titiller celles et ceux qui l'attendaient) que Shadow of the Colossus marqua les esprits en son temps. Sorti dans l'ombre d'un autre colosse, le monolithe PS3 qui allait marquer la plante de son empreinte ˆ peine un an plus tard, le second jeu de Fumito Ueda faisait souffrir sa plate-forme d'accueil et c'Žtait bien comprŽhensible. En avance sur son temps, la Team ICO tentait d'offrir au monde, et ˆ une console bien trop faible pour cela, un jeu qui mŽritait largement une rŽsolution en haute dŽfinition et surtout, un processeur capable de faire tourner son monde immense et ses crŽatures gŽantes. Certes, le remaster PS3 rendait globalement bien hommage au jeu d'origine, mais en conservant ses errances techniques : personne n'avait de toute Žvidence encore en tte l'idŽe de reprendre tout de zŽro et vŽritable refaire "SotC" avec des moyens modernes. C'est en partant de ce postulat que le remake PS4 s'est enfin et finalement fort logiquement imposŽ : Shadow of the Colossus allait enfin disposer d'un support ˆ la hauteur de sa dŽmesure, et tre prŽsentŽ au monde tel que Fumito Ueda en rvait sans doute ds 2004.

 

 

 

 

Un ennui colossal ?

 

 

Sans vous faire l'affront de prŽsenter en dŽtail ce qu'est Shadow of the Colossus (de toute faon a se fait assez vite), c'est donc ˆ travers ce remake inattendu et ˆ la pertinence initialement discutable que je le dŽcouvre pour de vrai.  DŽsireux, peu importe que je l'apprŽcie ou non, d'aller au bout de l'aventure, c'est donc au bout de dix heures in-game (qui m'ont semblŽ en vŽritŽ en durer entre 12 et 15É) que je suis parvenu ˆ la cinŽmatique de fin d'une expŽrience de jeu il est vrai assez unique. "SotC" raconte une histoire pleine de mystre, basŽe sur la tentative dŽsespŽrŽe d'un jeune homme, Wander, de sauver l'‰me de sa compagne Mono. C'est sur son fidle destrier Agro qu'il rallie un immense sanctuaire vide et dont les travŽes sont bordŽes chacune d'une rangŽe de huit statues de pierre, chacune ˆ l'effigie de ce qu'on ignore encore tre les fameux colosses. Une voix venue plus ou moins du ciel lui indique qu'ˆ la gr‰ce de son ŽpŽe, bien particulire, il lui faudra occire les seize colosses occupant les contrŽes sauvages au milieu desquelles tr™ne le sanctuaire o commence la partie. Voilˆ en gros le synopsis, simple et efficace, de Shadow of the Colossus, qui nous jette ensuite dans la nature, sans trop d'autre indication que les rayons de l'ŽpŽe de Wander, qui lui indiquent avec une prŽcision toute relative sa destination – celle du prochain colosse ˆ abattre. L'univers qui s'Žtend ˆ perte de vue, sauvage et teintŽ de ce vert p‰lot portant la signature de Ueda, est immense, attise la curiositŽ, mais pour commencer, on est fatalement tentŽ de suivre le chemin suggŽrŽ, et de s'offrir un premier combat contre un titan velu aux dŽplacements aussi mous que ses coups peuvent faire mal (et impressionner).  Aprs avoir rŽvŽlŽ assez facilement les points faibles de l'ennemi, et s'y tre agrippŽ tant bien que mal tant il remue dans tous les sens, Wander enfonce sa lame dans la fourrure de la crŽature, jusqu'ˆ lui porter le coup dŽcisif, et revenir au sanctuaire initial, o tendre son ŽpŽe lui indiquera sa prochaine cible. Et ainsi de suite.

 

 

Shadow of the Colossus est un titre rŽpŽtitif en soi, puisqu'il ne propose d'autre opposition que celle des seize gŽants (heureusement tous diffŽrents et Žvoluant chacun dans un univers typique : zone dŽsertique, caverne, temple, lac, etc.), et que vous ne succomberez qu'en tombant dans une falaise ou en perdant toute votre Žnergie – ce qui, soyons honnte deux minutes, nŽcessiterait de le faire exprs en chutant de trop haut ˆ plusieurs reprises en un court laps de temps. La barre de vie de Wander, qui peut augmenter ˆ mesure que l'on rŽcolte de (rares) fruits dans les arbres, se rŽgŽnre automatiquement, et ce plus ou moins vite en fonction de la difficultŽ choisieÉ voire entirement en priant prs de stles qui faisaient office de point de sauvegarde dans la version originale. C'est plut™t du c™tŽ de la jauge d'endurance, qui augmente ˆ mesure que l'on abat des lŽzards ˆ queue brillante planquŽs autour de petits sanctuaires et ˆ d'autres endroits de la map, qu'il faudra chercher un peu plus de challenge et optimiser un peu mieux sa gestion. Wander s'essouffle en restant accrochŽ aux colosses, ou en bandant son arc (l'autre arme disponible en permanence, avec un carquois illimitŽ qui facilite bien la vie !), et si ladite jauge remonte Žgalement toute seule (ou en priant auprs des sanctuaires ŽvoquŽs prŽcŽdemment), c'est probablement davantage elle qui posera problme. On meurt rarement dans Shadow of the Colossus, sauf ˆ la rigueur lors des derniers affrontements face ˆ des adversaires plus puissants et/ou rusŽs.

 

 

Sans aller jusqu'ˆ dire que le second titre de la Team Ico a tout de la promenade de santŽ, le challenge y est pauvre, et ce n'est pas spŽcialement ce qu'on y cherche de toute manire. Soucieux de nous immerger sans sa vision si particulire du jeu vidŽo, et ce bien avant que des Quantic Dream, thatgamecompany ou Telltale aillent encore plus loin dans la nŽgation du gameplay, Fumito Ueda veut que l'expŽrience de son jeu soit une promenade initiatique, touchante et mŽmorable. Alors certes, un minimum d'exploration et de rŽflexion est exigŽ, et les combats contre les colosses ne sont aucunement tŽlŽguidŽs ou simplifiŽs, en-dehors des quelques indices que peut distiller la voix qui communique avec Wander. Si vous ne comprenez pas comment battre votre ennemi, personne ne vous viendra en aide, et seules vos aptitudes ˆ la manette en viendront ˆ bout. Reste qu'une fois les points faibles (dont l'activation n'est pas toujours bien claire) identifiŽs, le plus gros est fait, et il reste juste ˆ trouver comment les rallier et surtout, bien s'accrocher. Lorsque le coup fatal est portŽ ˆ l'ennemi, un sentiment de puissance rare s'empare du joueur, fier de son accomplissement, pour cl™turer une sŽquence franchement grandiloquente et magnifiŽe par les compositions exceptionnelles de Kow Otani. De quoi amplifier grandement des combats somme toute simplistes. En outre, au regard de cette relative facilitŽ, si l'on ajoute ˆ cela un terrain de jeu absolument immense et totalement sous-exploitŽ (il n'y a rien d'autre ˆ faire que de dŽcouvrir tous les sanctuaires, bien visibles, et de gonfler les barres de vie et de stamina avec quelques ŽlŽments ˆ atteindre d'une flche, comme expliquŽ en amont), que l'on peut heureusement parcourir ˆ dos de cheval plus rapidement si l'on ne s'Žnerve pas contre sa monture, Shadow of the Colossus pourrait tout avoir du tableau aussi magnifique que creux. Car splendide, il l'est, et c'est peu de le direÉ

 

 

 

 

Ë point (bleu) nommŽ

 

 

Fort heureusement, Shadow of the Colossus n'a clairement pas pour lui que son invraisemblable beautŽ. Je ne m'attarderai pas trs longtemps lˆ-dessus : graphiquement, le remake de Bluepoint est ˆ tomber par terre. Peut-tre encore plus beau qu'Horizon Zero Dawn ou Uncharted Lost Legacy, cette premire grosse cartouche tirŽe par Sony en 2018 est d'un photorŽalisme saisissant, dans lequel on sera du coup un poil choquŽ par un Wander ˆ la modŽlisation quelque peu hasardeuse (qui rappelle celle des premiers visuels proposŽs pour Shenmue III, ce qui n'est pas un compliment). Mais surtout, au lieu de se contenter d'tre une belle carte postale creuse, il bŽnŽficie de ce supplŽment d'‰me le distinguant, par exemple, d'un The Order 1886, aussi sublime que sans vŽritable cachet. Alors que Fumito Ueda et ses Žquipes n'ont pas dŽveloppŽ cette nouvelle version de leur crŽation, tout ce qui fait le style des productions habituelles du studio est prŽsent, donnant l'impression d'une nature incroyablement vivante en dŽpit d'une faune trs limitŽe. La vŽgŽtation, la roche, l'eau, la brume, les effets de lumire et d'ombre, tout est parfait. On en vient ˆ se dire que si The Legend of Zelda: Breath of the Wild avait eu une version "rŽaliste", elle aurait eu intŽrt ˆ ressembler ˆ a. Pas une minute ne passe sans que la rŽtine ne soit flattŽe ˆ l'excs, et que la tentation de jouer de l'excellent mode photo ne pointe le bout de son nezÉ sauf quand la camŽra fait des siennes. AgrŽable ˆ diriger, et beaucoup moins rigide que dans les deux versions "d'Žpoque", Wander n'est jamais pŽnible ˆ manier (contrairement ˆ Argo, son fidle compagnon, aussi rŽaliste qu'un cheval mal dressŽÉ et donc rŽgulirement irritant) ˆ moins que la camŽra crŽtine au possible ne vienne y mettre son grain de sel, jusque dans l'exploitation du mode photo. Ce qui ne m'a pas empchŽ de saisir prs de 300 captures d'Žcran, et il fut bien dŽlicat de sŽlectionner celles qui allaient illustrer au mieux cette critique en Žvitant de trop en montrer.

 

 

En outre, il serait injuste de trop critiquer une camŽra uniquement idiote lorsqu'elle ne sait pas o se replacer lorsque des ŽlŽments viennent l'obstruer, tant elle demeure maniable et Žtonnamment autonome lors de combats titanesques contre des ennemis ˆ l'animation hors du commun. Chaque sŽquence d'affrontement contre les colosses fait Žtalage d'une classe monstrueuse, musique d'ambiance ˆ l'appui (la bande-son est quasi inexistante durant l'exploration, mais prŽsente en combat, et absolument grandiose), et le moteur en place sur cette version PS4 fait globalement merveille. Il devient de fait trs difficile de s'imaginer jouer rŽtrospectivement au jeu d'origine, qui sur ŽnormŽment de points, Žtait clairement en avance sur son temps sur beaucoup d'idŽes, mais portŽ sur un support ne pouvant en assumer les idŽes. Reste que le remake nous fait rester sur notre faim, d'abord parce qu'il n'apporte concrtement rien de neuf (ce qui, pour quiconque souhaite le dŽcouvrir, est un point trs positif !), mais aussi quand on sait que davantage que seize colosses Žtaient envisagŽs : ce magnifique monde ouvert d'une beautŽ sans pareil avait sans doute bien plus ˆ montrer que des Žtendues sauvages hors du commun, habituellement confinŽes aux Ïuvres ˆ progression linŽaire (les bons vieux "couloirs" faon Uncharted). La console ne l'aurait-elle pas supportŽ ? Rien n'est moins sžr tant la propretŽ technique de l'ensemble (ˆ de trs rares de bugs de collision prs) laisse supposer qu'il y avait de la place pour beaucoup plus de contenu, quitte ˆ passer par quelques concessions techniques peut-tre. Quand on sait qu'un monde ouvert aussi sublime (et quand mme bien consŽquent en terme de superficie !) tourne en 1080p et surtout en 60fps sur PS4 Pro, cela laisse rveur, et quelque peu songeurÉ dŽjˆ que le titre en lui-mme fait constamment rver ˆ chaque pas.

 

 

      

 

 

Shadow of the Colossus, version 2018, est en effet une expŽrience marquante, Žmouvante, pour ne pas dire relativement inoubliable. Prenant ˆ chaque seconde de jeu, ˆ pied comme ˆ cheval, il offre au joueur une ŽpopŽe unique remise au gožt du jour qui a en plus le mŽrite d'enterrer The Last Guardian techniquement dans les grandes largeurs, ˆ peine plus d'un an aprs la sortie tant attendue de celui-ci. En offrant un tel sentiment de libertŽ (bien que sans grosses interactions qui suivent) dans un univers aussi sublime et envožtant, portŽ par les compositions mythiques de Kow Otani, il est indŽniable que Shadow of the Colossus mŽrite son statut de titre culte, aux allures de chef-d'Ïuvre audiovisuel donnant ses lettres de noblesse au jeu vidŽo en tant qu'art. Si cela Žtait une certitude pour beaucoup ˆ la toute fin de rgne d'une PS2 qui accueillait Žgalement Ōkami dans un contexte comparable, ce doit tre dŽsormais une Žvidence aux yeux de tous : le second jeu de la Team Ico fait partie de ces titres ˆ part, dignes reprŽsentants d'une culture de plus en plus dŽsireuse de mettre en avant le talent de ses artistes et leurs visions d'un medium qui leur permet de mieux en mieux de l'exprimer. Tout juste pourra-t-on pointer du doigt une narration qui laisse pas mal sur sa faim par moments, ce qui relve d'une opinion purement personnelle j'en conviens ; une grande majoritŽ des fans du titre semblent avoir ŽtŽ touchŽs par un Žpilogue certes Žmouvant, mais qui ne surpasse pas Ico de mon point de vue. Les cinŽmatiques, qui tournent sur le moteur du jeu (ce qui rend ce dernier encore plus impressionnant), constituent un autre point fort, tant qu'elles ne s'encombrent d'aucune narration explicite. Shadow of the Colossus aurait peut-tre gagnŽ ˆ se montrer totalement muet, pour inciter le joueur ˆ rŽflŽchir encore davantage ˆ un propos qu'une telle ŽpopŽe suggre clairement de s'approprier.  Mais cela reste un dŽtail, l'ensemble demeurant trs touchant, avec une dernire sŽquence jouable en forme d'apothŽose nous faisant passer par tous nos Žtats, et sublimant un gigantisme architectural ET dans le character design rarement vu dans le jeu vidŽo.

 

 

Dans l'ensemble, il y a quand mme trs peu de choses ˆ reprocher sŽrieusement ˆ cette nouvelle version de "SotC", qui devient paradoxalement la meilleure expŽrience de la Team Ico disponible ˆ ce jourÉ tout en n'ayant pas ŽtŽ dŽveloppŽe par ses crŽateurs d'origine. En donnant un coup de jeune ˆ une toile de ma”tre qu'il fallait quand mme sacrŽment dŽpoussiŽrer, notamment via son mapping de touches d'un autre ‰ge qu'il est heureusement possible de sacrifier au profit d'un plus moderne (ce que The Last Guardian n'a pas eu la brillante idŽe de proposer), Bluepoint parvient ˆ remettre une lŽgende du jeu vidŽo au gožt du jour. Ë une Žpoque o Horizon Zero Dawn, Breath of the Wild, Persona 5, Super Mario Odyssey, Assassin's Creed Origins ou encore les tout rŽcents Dragon Ball FighterZ et Monster Hunter World rgnent en ma”tre sur un paysage surchargŽ de titres ˆ l'accueil dithyrambique, cela relve de l'exploit de se faire remarquer comme bien plus qu'un simple remake.  Oui, en ce dŽbut 2018, et au dŽbut de la cinquime annŽe d'existence (dŽjˆ !) d'une PS4 qui a encore du lourd ˆ proposer dans le futur (God of War, Days Gone, Detroit, Spider-Man et Žvidemment The Last of Us Pt. II), Shadow of the Colossus rŽussit un authentique exploit en s'imposant comme une des exclusivitŽs dŽjˆ essentielles d'une machine qui en manque de moins en moins, tout simplement. Ë prix doux, quand mme, vu sa durŽe de vie assez limitŽe, dont la rejouabilitŽ est assez artificielle, et pas forcŽment adaptŽe ˆ un titre aussi unique – il demeure franchement discutable de suggŽrer en bonus des Žpreuves chronomŽtrŽes au sein d'une expŽrience contemplative dont les rares combats privilŽgient le spectacle et l'ingŽniositŽ au dŽtriment des prouesses du joueur. Ce "nouveau SotC" est un remake sublime, unique, la meilleure version ˆ n'en point douter, pas parfait non plus, mais largement recommandable, pour ne pas dire vivement conseillŽ, tout simplement.

 

 

 

 

Si vous n'avez jamais jouŽ ˆ Shadow of the Colossus et que vous disposez d'une PlayStation 4, mme celle "de base", il serait fort dommage de passer ˆ c™tŽ de l'expŽrience unique que propose le second jeu de la Team Ico, surtout ainsi mis en valeur par Bluepoint. Le travail de refonte du titre mythique de Fumito Ueda est splendide au point que les superlatifs manquent pour dŽcrire la performance visuelle hors du commun que constitue ce remake pas forcŽment attendu, mais devenu quasi indispensable au sein du line-up d'une machine dŽsormais bien servie en exclusivitŽs de haute volŽe. Si tous les dŽfauts d'Žpoque n'ont pas forcŽment ŽtŽ corrigŽs, la plupart des ŽlŽments qui risquaient de rendre une telle production datŽe et inutile en 2018 ont ŽtŽ gommŽs, au point de permettre ˆ ce chef-d'Ïuvre de la PlayStation 2 d'tre (re)dŽcouvert comme un jeu vidŽo contemporain, avec tout le panache qu'on lui conna”t. Hymne ˆ la dŽmesure, que ce soit dans l'architecture si particulire des jeux du studio ou dans le character design de ses prestigieux antagonistes, Shadow of the Colossus parvient ˆ imposer sa lourde empreinte au sein d'un paysage vidŽoludique surchargŽ o il aurait pu se faire oublier. Mais en amŽliorant avec autant de talent et de prŽcision d'orfvre un titre quand mme sacrŽment datŽ, Bluepoint tŽmoigne non seulement une fois de plus d'un statut de gŽnie incontestable du remaster, et d'une Žtonnante qualitŽ ˆ refaire vivre un tableau d'une autre Žpoque comme s'il venait d'tre achevŽ au milieu de compositions contemporaines. Devant une telle prestation, on en vient ˆ regretter que le studio n'ait pas retouchŽ un The Last Guardian sublime et au design audacieux, mais abusivement poussif et hoquetant, quitte ˆ le repousser une fois de plus. Dans ces conditions, le Shadow of the Colossus de 2018 – et de Bluepoint – est non seulement le meilleur jeu de la Team Ico disponible ˆ ce jour, un des meilleurs jeux d'une PS4 qui n'en manque pas, et une claque inattendue de ce dŽbut d'annŽe, que finalement assez peu de zones d'ombre viennent noircir.



J'ai adorŽ / aimŽ :

 

+ DŽcouvrir Shadow of the Colossus, si authentique, dans de telles conditions !
+ Des graphismes ˆ couper le souffle, peut-tre le plus beau jeu de la console

+ La BO signŽe Kow Otani, toujours une merveille touchante et inoubliable

+ Les combats contre les colosses, majestueux et mŽmorables

+ Une aventure et une exploration Žpiques et trs immersives

+ Fini le mapping des touches d'un autre ‰ge (mais les puristes pourront utiliser l'original)

+ Globalement trs agrŽable ˆ manier, mme en combat

+ Le mode photo (É qui rallonge un peu la durŽe de vie)

+ La touche du Fumito Ueda, dŽjˆ connue pourtant, mais formidable

+ Une ode permanente (et unique) au gigantisme et au titanesque

+ La meilleure version existante du jeu, et donc le meilleur jeu "de la Team Ico" ˆ ce jour

+ Prouesse technique irrŽprochable, sans chutes de framerate, quasi pas de bugs, ultra propre

+ Tarification correcte pour sa durŽe de vie (en 10 heures c'est pliŽ, mme pour un novice)

+ Un monde ouvert saisissant de beautŽÉ

 


J'ai dŽtestŽ / pas aimŽ :

 

– É et quand mme trs vide, peut-tre aurait-il fallu revoir les ambitions ˆ ce niveau ?

– Pas forcŽment le meilleur scŽnario (ni Žpilogue) de la "trilogie" du studio

– Agro est quand mme souvent trs casse-pieds, au-delˆ de la simple "dŽsobŽissance"

– RŽalisation de Wander franchement passable, en plus d'tre un personnage assez creux

– CamŽra rŽgulirement ˆ l'ouest (voire tous les points cardinaux mais pas toujours le bon)

– Petit manque de lisibilitŽ et de clartŽ lors des combats

– "RejouabilitŽ" anecdotique et dispensable

– Aucun ajout pour quiconque le conna”t dŽjˆ

 

 

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