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The Legend of Zelda: Ocarina of Time – Le temps de la réconciliation

Des pavés dans la mer…

22 mars 2014

Bonjour. Je vais vous parler de The Legend of Zelda: Ocarina of Time, que je viens de finir. À la simple lecture de cette phrase et alors que je n'ai même pas encore dévoilé le contenu de cette chronique, j'en vois deux-trois qui rigolent au fond. Cessez de vous poiler comme des baleines et lisez donc ce que j'ai à vous raconter. Il n'y a pas vraiment de spoil mais je décris énormément de choses, notamment les donjons, donc soyez prudents, surtout que le monocle de vérité ne vous sera d'aucune utilité pour déceler les pièges de cette chronique. Je pense que ma réputation de hater d'Ocarina of Time est relativement connue (bien que pas autant que pour l'infâme Mario Kart: Double Dash!!), aussi je vais l'introduire brièvement tout en cherchant à rassurer ceux qui se diraient "putain mais quel gros abruti, il a pas de goût ce mec" : en effet, à l'instar de "MKDD", ce Zelda fait partie des titres m'ayant le plus déçu, probablement car j'en attendais ce que je n'y ai jamais trouvé. Mais à la différence du Mario Kart que je déteste réellement, et pour lequel je n'arrive sincèrement pas à comprendre un engouement en lequel je ne vois qu'une compassion aveugle, mon "aversion" pour Ocarina of Time est très peu justifiée. Il est toutefois temps de la conter un peu mieux que je ne l'avais fait sous forme d'un gros troll dégueulasse de type "Ocarina of Time, c'est nul, même si je n'en ai fait que 5%", rédigé vers 2007-2008 et que je vous épargnerai parce que ça n'a vraiment plus rien de drôle aujourd'hui. Passons maintenant à la "vraie" critique du jeu, qui exige que je vous fasse un gros résumé du rapport très particulier que j'ai entretenu avec lui durant de nombreuses années. J'ai eu tendance à comparer ça un peu à une relation qu'on aurait avec une ex avec qui on ressort de temps en temps avant de se dire à chaque fois "nan c'est pas possible, qu'est-ce que je fous avec cette nana ?" et d'insister pourtant bêtement, persuadé que ladite relation finira par mener à quelque chose...

 

 

 

 

Il faut savoir que j'ai acquis ce jeu durant le printemps 2001, peu après l'obtention très tardive de ma Nintendo 64 à Noël 2000. À l'époque, et c'est très important de le signaler, je n'avais toujours pas joué à Zelda III. Mon expérience de la saga se limitait aux deux opus NES, que j'adulais littéralement, et venais en plus de me refaire quelques mois avant. Et comme j'avais été totalement enchanté par Super Mario 64, je m'attendais à vivre les mêmes sensations avec un Zelda 3D sur la même machine. Sauf qu'en plus d'être légèrement traumatisé par les Skulltula (je suis profondément arachnophobe et ça s'étend aux jeux vidéo, même lorsque lesdites bestioles ne sont absolument pas réalistes), je n'ai pas réussi à rentrer dedans, trouvant le jeu brouillon, pas très beau, excédé par la gestion de la caméra, et surtout complètement perdu, ne sachant pas où aller. Il faut dire qu'il s'agissait du premier jeu vidéo en 3D "ouverte" auquel je jouais. Je pense que ça a pas mal joué.

 

 

Du coup, j'ai laissé tomber, et ai revendu le jeu (qui en plus, de mémoire, n'était pas dans un super état, avec une boîte défoncée et une notice en triste état). Puis je l'ai repris un peu plus tard pour la collection, après (je pense) avoir fait Zelda III en entier, avec le succès que l'on sait. Nouvel échec. J'ai donc vraiment laissé tomber et me suis contenté de garder le jeu dans ma collection, rejoint ultérieurement par un Majora's Mask lui aussi complet en superbe état auquel je suis quasiment sûr de ne jamais avoir touché (par contre la cartouche contient une partie à 100% ou presque, l'ayant prêté à mon beau-frère qui l'a torché... tout en disant qu'il l'avait détesté). Je n'ai jamais été tenté de l'essayer, persuadé qu'il me fallait d'abord finir Ocarina of Time (et donc y accrocher suffisamment pour ça) pour m'y essayer. Du coup le destin des trois Zelda 3D ayant suivi fut identique vis-à-vis de moi: je possède toutes les versions existantes en PAL FR de Wind Waker, Twilight Princess et Skyward Sword, sans jamais y avoir joué.

 

 

Après avoir retenté ma chance de temps à autre lorsque je récupérais parfois la cartouche dans un lot N64 en brocante, et subi la même lassitude instantanée à chaque fois, j'en étais venu à me dire que ce jeu n'était pas pour moi. Puis j'ai "mûri" courant 2009-2010, me mettant à la PS3 et aux jeux d'action/aventure en 3D (car il faut savoir que jusque-là, je n'avais fait comme jeux en 3D que Mario 64 et Mario Sunshine, en gros). La mise à disposition d'une réédition sur 3DS sonna donc comme l'opportunité ultime de rédemption d'Ocarina of Time à mes yeux — à moins que ce ne fusse l'inverse ? il faut savoir rester modeste aussi et se remettre en question. Ce que je fis. Et je parvins plus loin que je n'avais jamais été: au village précédant le château d'Hyrule, m'extirpant de l'Arbre Mojo pour la première fois ! Mais encore une fois, sans vraiment être dedans, sans me sentir "concerné". Et du coup je n'ai jamais retouché la cartouche. Pire : je l'ai revendue dans le cadre d'une transaction ayant favorisé l'acquisition de, euh, ça :

 

 

 

 

Et puis en cette fin d'année 2013, qui fut clairement placée sous le signe de l'ouverture vidéoludique (je veux dire, j'ai quand même joué à FInal Fantasy VII, quoi...), l'enchantement absolu vécu devant le sublime A Link Between Worlds, conjugué à l'acquisition d'une place pour le concert "Symphony of the Goddesses" en juillet prochain, m'a motivé à me faire tout simplement l'intégralité des Zelda que j'avais zappés, exprès ou pas. J'ai donc d'abord joué à The Minish Cap, que je savais que j'allais aimer de toute façon (et ça n'a pas raté), puis je me suis dit qu'il était temps de voir si j'étais enfin capable d'apprécier objectivement la némésis de ma collection et de ma carrière de gamer. Je me suis donc fait prêter un Ocarina of Time 3D (oui, car ceux que j'ai chez moi sont conservés sous cellophane, prière de ne pas taper ni chercher à comprendre), à utiliser exclusivement sur la 3DS édition limitée sortie en même temps que ladite réédition. Et donc, c'est parti, 7è ou 8è tentative : cette fois-ci, je me suis juré de tout simplement aller au bout de l'aventure, même si celle-ci doit m'énerver et me frustrer, positivement ou négativement (oui, il faut savoir que ces sensations peuvent parfois être signes d'une immense qualité à mes yeux). Je tiens à avoir un avis objectif sur un titre quasiment universellement adulé qui a succédé à celui que j'estime encore être toujours être le meilleur jeu jamais sorti. Notons toutefois que mon expérience allait se faire sur la version 3DS, réputée plus jolie car graphiquement très affinée, à la jouabilité améliorée (davantage de facilité pour gérer l'inventaire et surtout les différents types de bottes), mais aussi plus simple car appartenant à cette génération maudite d'exclus Nintendo où la nécessité d'assister le joueur à outrance se fait ressentir plus que de raison.

 

 

C'est donc au terme d'une petite quarantaine d'heures de jeu, sans jamais avoir à user des pierres Sheikah qui auraient vraiment tué le côté "PLAY LIKE IT'S '98", que je suis parvenu au bout de l'aventure, possédant notamment 15 cœurs ¼ et 50 skulltulas d'or (entre autres joyeusetés). Et même si celles et ceux qui ont suivi ma progression régulièrement sur ce titre se sont peut-être déjà imaginé d'avance quelle était mon opinion sur Ocarina of Time, j'avais volontairement cherché à ne laisser transparaître aucun ressenti spécifique, qu'il s'agisse de profond dégoût, de déclaration d'amour, ou d'un sentiment mitigé. Je ne voulais d'ailleurs moi-même pas m'emballer prématurément dans un sens ou dans l'autre avant d'être arrivé au bout, conscient que mon éternel rejet de ce titre était pas mal dû à une absence de volonté de voir ce qu'il avait vraiment dans le ventre. Il est temps de révéler une partie du verdict : non, c'est un fait, je ne déteste plus Ocarina of Time, et ne le rangerai plus jamais dans la liste des jeux qui m'ont déçu et/ou emmerdé. Je n'ai concrètement jamais eu à me faire violence pour progresser, et ce même si le début du jeu a de quoi peu emballer le joueur impatient et désireux d'entrer dans le vif du sujet. De ce point de vue, je comprends encore pourquoi il m'avait gonflé et que je n'avais jamais vraiment insisté : toute la partie du jeu où l'on incarne Link enfant est loin d'être transcendante, mais attention, l'univers reste enchanteur, les thèmes musicaux soignés, et les idées de gameplay vraiment bien foutues. Qu'il s'agisse du verrouillage d'une cible pour la shooter au boomerang à distance en contournant un obstacle, de ces séquences d'ocarina préfigurant une future génération de jeux de rythme musicaux, ou des cheminements tordus à deviner pour résoudre une énigme ou tout simplement progresser, Nintendo montre qu'il n'a absolument rien perdu de son savoir-faire dans ce qui n'est pourtant que le prologue de la véritable aventure.

 

 

Cette dernière démarre en effet — et je doute de spoiler ça pour qui que ce soit, mais au cas où, épargnez-vous la fin de cette phrase — au terme de l'acquisition de l'épée de légende par le jeune Link après avoir triomphé des gardiens de trois "donjons" (qui pour le coup n'en sont pas vraiment), ce qui rappelle quand même méchamment la logique de progression de Zelda III. Là où j'ai peut-être pu demeurer influençable, c'est que j'ai énormément comparé Ocarina of Time à mon idole, à savoir son illustre ancêtre sur Super NES, un peu au final comme on mettrait en relation Super Mario 64 et Super Mario World. D'autant plus que les similitudes entre ces deux rapprochements sont très nombreuses, la plus flagrante demeurant ce sentiment d'immensité de l'univers à explorer et de liberté absolue qui confère du coup une aisance de mouvements et une trop grande facilité dans les affrontements avec les divers ennemis que l'on peut rencontrer.

 

 

 

 

Passés ces légers sentiments de trop grande facilité et de manque de rythme au début de la quête de Link, il convient quand même de souligner que perdre un temps invraisemblable à trouver Saria dans les bois perdus constitua pour moi un très grand moment vidéoludique. J'aurais pu demeurer frustré par un point bien précis dont l'absence de logique me rendrait fou dans un jeu conçu de nous jours. Il faut savoir que, désespéré de ne pas trouver où se planquait cette petite coquine aux cheveux verts, j'en étais venu à apprendre par moi-même les notes exactes de sa putain de chanson que je connaissais désormais plus que par cœur, mais que les personnages concernés refusaient de la reconnaître car personne ne me l'avait apprise ! Alors vous allez me dire, c'est logique, et je peux le concevoir, mais il faut rappeler qu'en explorant la caverne des Gorons, l'air des bois perdus envahit cette dernière par l'entrée qui communique avec eux et qu'un des Gorons fait remarquer cette musique à Link. Qui, de ce fait, l'entend sans doute aussi — on ne me fera pas gober qu'en plus d'être muet, ce qui reste toujours à prouver soit dit en passant, il puisse être sourd. Ce serait quand même un double handicap peu crédible pour un héros légendaire. Cependant j'ai décidé de pardonner cette entrave à l'intelligence et la capacité d'adaptation (pour ne pas dire de contournement) du joueur en me basant sur le contexte. On est en 1998 et de ce fait, j'accepte ce côté "fil conducteur à suivre à tout prix". D'autant plus que j'ai dû m'incliner devant le génie absolu de la résolution de l'énigme des bois perdus, QUI EN PLUS A ÉTÉ REPRISE QUASIMENT À L'IDENTIQUE DANS "ALBW" ET DONC PUTAIN JE SUIS VRAIMENT CON DE NE PAS Y AVOIR PENSÉ ET LE JEU SE FOUT DE MA GUEULE. Et euh, quand un jeu me trolle et me fait perdre mon temps sur une énigme bien foutue, je lui dis "haha, enfoiré, bien joué".

 

 

Bref. Après avoir fait le tour de ce que je pouvais explorer d'Hyrule, voyage accompagné des habituelles frustrations liées à un équipement trop limité (je pense notamment au fait de ne pouvoir franchir le précipice de la vallée Gerudo et de ne pouvoir plonger dans les profondeurs du Lac Hylia), j'entame la véritable aventure, et il faut l'admettre, c'est vraiment une toute autre dimension que prend Ocarina of Time. L'aventure jusqu'ici sympathique, mais limitée et sans ce côté épique qui sied si bien à la saga, se montre alors à la hauteur de ce qu'avaient pu proposer ses ancêtres, avec pour seul réel défaut cette facilité globale dans les affrontements. Une fois qu'on a intégré le pattern d'un boss ou même d'un groupe d'ennemis, on comprend vite que ce n'est pas par son aspect "challenge" que brillera ce Zelda. Dans le même esprit, jouer l'air du soleil lorsque tombe la nuit (et que les ennemis sortent de terre, entraînant l'arrivée de ce thème d'affrontement que je trouve pour le coup un peu chiant à la longue) constitue une véritable blague tuant toute potentielle difficulté dans la progression de Link au travers de la vaste plaine d'Hyrule ou des contrées voisines. Cependant cela reste une excellente idée, il demeure juste dommage que l'on puisse tant en abuser, car à côté, le cycle jour/nuit se montre exceptionnellement bien foutu, et visuellement il convient de souligner que ça déchire sa race, quoi. Ouais j'te jure sur la vie d'Impa. Admirer le lever du soleil sur cette immense plaine accompagnée du chant du coq et de la petite mélodie du soleil, oui, il faut l'admettre, c'est un très grand moment. Tout comme rester planté comme un con derrière le pont-levis conduisant au bourg d'Hyrule, juste pour admirer le mouvement de l'astre sacré jusqu'à son zénith avant de redescendre disparaître à l'ouest derrière les reliefs de Gerudo. C'est BEAU. Il n'y a rien d'autre à dire.

 

 

 

 

Comment également ne pas évoquer, puisqu'on est dans l'épique, voire dans l'hippique (hihihihihi, et non je n'imite pas le cheval), cette très chère Epona, et le chant si mélancolique qui va avec. Concrètement, Ocarina of Time est énormément associé à cet aspect "chevauchée fantastique" de Link sur la jument à la robe rousse, et si l'on pourrait être déçu par le fait qu'au final, ça n'apporte pas grand-chose de se balader en sa compagnie (puisque ce n'est aucunement indispensable pour finir le jeu), on ne peut que s'incliner devant la prouesse technique et surtout, la maîtrise des émotions que Miyamoto-San et ses sbires ont réussi à faire transparaître sur un élément de gameplay pourtant même pas nécessaire à l'accomplissement de la quête. Faire connaissance avec la toute jeune Epona, initialement effrayée par le gamin ayant osé quitter le village Kokiri, c'est déjà un moment fort, car on sait d'avance que leur destinée va se re-croiser plus tard. Mais les circonstances dans lesquelles on la retrouve, et l'échappée belle qui traduit mieux le sentiment de liberté infinie que n'importe quoi d'autre, c'est le pied. Et de ce fait, on se surprend à jouer les Lucky Luke sifflant Jolly Jumper, sauf qu'Epona est une monture d'un certain standing qui ne répond qu'à un air d'ocarina élégant et interprété sans fausse note. La gestion de son endurance est un modèle du genre et que dire de l'animation de ses mouvements, au petit trot ou au galop, et de la capacité de Link à user de son talent d'archer en pleine chevauchée. J'imagine sans peine que Ocarina of Time est le premier jeu vidéo à avoir fait preuve d'une telle maîtrise dans la réalisation d'une phase de déplacement à cheval. Pour un jeu de 1998, c'est impressionnant, pour ne pas dire exceptionnel. Epona est ce petit plus non négligeable qui fait que ce Zelda franchit un pas que beaucoup auraient estimé inutile, mais qui peut faire d'un bon jeu un très grand titre.

 

 

Cependant, résumer la qualité de la phase "Link adulte" d'Ocarina of Time à la simple inclusion d'une monture, qui plus est se montre dispensable à l'achèvement de l'histoire, serait faire injure aux autres éléments qui rendent cette aventure de plus en plus épique au fil des événements et des territoires traversés. Même si je pense que je commence de toute façon à trahir mon ressenti global, je suis obligé d'admettre que c'est en explorant le Temple de la Forêt (et en y galérant) que j'ai compris que, oui, c'était très bien parti pour que je doive formuler de sacrées excuses envers ce jeu. Après avoir traversé trois "faux" donjons dans l'enfance de Link (on ne peut pas dire qu'un arbre, une caverne pleine de lave et les entrailles d'un monstre aquatique constituent de véritables palais...), bien qu'ayant trouvé leur construction et les petites énigmes intéressantes et bien pensées, la sensation d'entrer dans le vif du sujet avec ce temple envahi par la verdure fut terriblement puissante. En outre, et là c'est très personnel, mais ce type d'architecture et de décor constituent des atouts visuels non négligeables à mes yeux, m'ayant notamment énormément séduit dans ICO ou Uncharted: Drake's Fortune. J'en viens même à me demander si le premier n'a pas partiellement puisé son inspiration dans le Temple de la Forêt. Mais trève de digressions : après trois voire quatre bonnes heures passées à galérer dans ce qui constituait clairement un premier vrai palais bien couillu, au rythme d'un thème musical absolument parfait à mes oreilles, j'atteignais un premier médaillon et une révélation scénaristique prévisible mais qui fait mouche quand même. Je n'ai d'ailleurs pas pensé à le signaler, mais en plus d'avoir perdu un temps invraisemblable dans ce donjon, j'ai aussi mis un temps fou à trouver comment entrer dedans, au point de croire que l'univers sylvestre d'Ocarina of Time constituait clairement le plus gros troll du jeu, de bout en bout.

 

 

 

 

Passées ces considérations, on en arrive à une partie de la quête qui répond aux interrogations insoutenables que l'on se posait étant enfant : vais-je enfin avoir le droit de posséder ces tuniques qui me font tant envie mais que seuls les adultes ont le droit de porter ? Ou bien, comment aurai-je assez de rubis pour me payer ces foutus objets vendus la peau du cul dans les boutiques ? Une belle synthèse de nos rêves d'enfant inaccessibles et que seule l'accession à l'âge adulte aura permis de concrétiser (même si souvent, on se rendait compte qu'en fait, on n'en avait rien à foutre). La partie principale d'Ocarina of Time permet de mettre fin à ces questions qui pourrissaient l'existence de Link et du joueur (enfin, surtout de ce dernier, je pense). Et même si l'acquisition de certains objets, accompagnée souvent par l'éternel jingle d'ouverture des coffres si salvateur, constitue une délivrance, on est obligé de péter un câble contre cette bourse de rubis ultra limitée et vraiment longue à faire gonfler, alors que les dits rubis prolifèrent en quantité plus qu'astronomique... pour ne pas dire ridicule. Il est atrocement simple de remplir cette dernière, surtout que pour ne rien arranger, les rubis ne sont pas d'une énorme utilité dans un jeu où ce qui s'achète se trouve assez aisément dans les feuillages que Link arrache à grands coups d'épée un peu partout, ou sous les petits rochers (quasiment tout le temps disposés en cercle, soit dit en passant). On rage de ce fait régulièrement devant l'ouverture d'un passage secret, lequel conduit à un coffre, dans lequel on espère trouver un quart de cœur voire un nouvel objet utile, pour au final se taper un rubis violet inutile vu qu'on en a déjà 500 — pour ne pas dire un rubis bleu aux allures de trollface.

 

 

Je dois par ailleurs avouer que ce foutage de gueule régulier du jeu m'a partiellement gâché l'envie de tout explorer, tout comme ces quarts de cœur franchement visibles mais que je ne voyais absolument pas comment rejoindre. Même une fois le jeu terminé, il y en a trois que j'ai largement vus (et je suis repassé devant plus d'une fois), et ce sans avoir aucune fichue idée de la technique à adopter pour y accéder. Ajoutez à cela les mini-jeux/défis en masse (la pêche, le tir à l'arc, le bowling à la musique un peu relou qu'on aimerait vraiment couper pour le coup, les cocottes à rassembler, etc.), et c'est là que je réalise qu'il y a un paquet d'activités annexes que j'ai zappées, car conscient qu'elles ne me feraient probablement pas trop avancer dans une quête principale qui constituait mon objectif de base. Je me suis dit que de toute façon, si le jeu me plaisait au final, je me le referais, et carrément sur N64 tant qu'à faire, avec pour objectif de le finir à 100%. Et que si j'étais vraiment emballé, je me taperais la Master Quest. Mais je m'égare, car je perds de vue d'autres éléments dont je tenais à parler dans cette longue critique. Et il va falloir commencer à synthétiser un peu parce que ça devient très long, un peu comme ce jeu au final, alors qu'il ne l'est pas tant que ça (je dois avouer ma relative déception d'avoir visité moins de donjons que dans Zelda III, par exemple). Cependant cette histoire de longueur est un trompe-l'œil permanent. La map paraît petite à première vue, mais on met dix plombes à rallier, par exemple, le Temple de l'Esprit et l'Arbre Mojo. Surtout si on se prive de Sainte Epona (oui j'ai décidé qu'il fallait canoniser ce canasson, et j'espère que vous comprendrez qu'il n'y a dans l'emploi de ce terme qu'une volonté d'allitération et non un mépris pour nos amis les chevaux).

 

 

BON PUTAIN TU NOUS GONFLES, QUAND EST-CE QUE TU NOUS DIS CE QUE T'AS PENSÉ DU TEMPLE DE L'EAU ?

 

 

 

 

Haha. J'y viens. D'abord on va se calmer un peu. Je continue de me confondre en excuses au sujet de cette histoire d'univers trop petit ou d'aventure trop courte. Il n'y a en effet que cinq donjons principaux (plus un final évident, me dites pas que je spoile, tout le monde s'en doute) contre sept dans A Link to the Past. Cependant, Ocarina of Time nous offre deux (pour ne pas dire trois) sortes de demi-donjons très angoissants au travers desquels il est vital de passer, et qui sont pour le coup très chiants à trouver, surtout un. La façon dont j'en ai débusqué l'entrée constitue d'ailleurs ma plus grande fierté tant j'ai eu l'impression de me sentir, probablement pour la seule fois, plus intelligent que le jeu. Du genre "personne ne me le suggère, mais je vais essayer ce truc, à tous les coups ça fera rien, mais si ça fait quelque chose, ben c'est génial". Et quand ça marche, on a l'impression d'être Archimède hurlant "Eurêka!" — bon j'exagère un peu mais c'est pour que vous saisissiez un peu la portée du truc. Bref, une fois ces deux passages aussi flippants (surtout un) qu'épiques, et ce alors que je continuais de collecter des skulltulas d'or en me demandant si ça valait vraiment le coup et surtout combien il y en avait, je me dirigeais vers le Temple de l'Eau, au sujet duquel j'avais tant attendu, sans rien en savoir. Sachant que je ressortais quand même d'une expérience très éprouvante dans un Temple du Feu dont deux salles (et un coffre) me sont d'ailleurs demeurés inaccessibles (???), je ne pouvais résister à l'envie de croire en quelque chose de véritablement légendaire sur lequel j'allais buter et péter un câble comme tant de milliers de joueurs avant moi.

 

 

Je n'avais pas spécialement l'intention de consacrer un paragraphe entier au Temple de l'Eau, mais allons-y, cédons à la tentation de s'y attarder plus que de raison comme tout le monde. Faisons simple : j'y suis resté deux grosses heures, je n'ai jamais pensé à utiliser les espèces de fresques sur le mur signifiant comment on allait changer le niveau de la flotte, ayant tout mémorisé. D'ailleurs il faudrait avoir une mémoire de poisson rouge — oui, poisson, temple de l'eau, gnagnagna, même pas fait exprès, vos gueules — pour ne pas être capable de se rappeler de ce que changent ces trois pauvres interrupteurs sur un palais de quatre niveaux "seulement". Ceux qui osent se plaindre de ça sont clairement des gros fragiles qui n'ont JAMAIS subi les sept niveaux souterrains du cinquième palais du monde des ténèbres de Zelda III. Alors après, oui, je conçois qu'on galère davantage sur N64 avec une gestion exaspérante des bottes de plomb mais voilà, quoi, moi j'attendais un palais ultra retors qui peut vraiment faire rendre les armes à certains et constituer un véritable obstacle à la progression du jeu. Cependant, qu'on n'aille pas croire que je trouve sa réputation surfaite. J'ai trouvé ce temple vraiment génial, d'un point de vue gameplay, ambiance, énigmes, musique, tout ce qui fait d'un donjon de Zelda un excellent moment. Mais peut-être aurais-je dû accepter un léger spoil quant au pourquoi de ces "ahhhh, ce foutu temple de l'eau" car je pensais à quelque chose de difficile et/ou à des énigmes totalement tordues qui rendent fou. N'ayant rien trouvé de tout ça, je ne comprends pas comment ce palais a pu se forger une telle légende. Qu'on ne me dise pas que dans tous ces joueurs qui le maudissent et l'adulent à la fois, il n'y en a aucun qui a fait les trois premiers Zelda, et soit donc capable de reconnaître à quel point le Temple de l'Eau est FACILE en comparaison des challenges ignobles qu'on a pu nous proposer par le passé.

 

 

À titre de comparaison, j'ai trouvé le Temple de l'Esprit et surtout celui de l'Ombre plus délicats... d'ailleurs, je n'ai toujours pas compris dans quel ordre on est censé les faire, mais on s'en fout. Le premier est probablement, à mon goût, le plus abouti du jeu (mais de peu quand même), de par son accession et sa résolution en plusieurs temps. Je pense qu'il constitue une synthèse parfaite de tout ce que l'univers de Zelda peut proposer de plus intelligent en terme de gameplay, la seule ombre au tableau étant son boss, probablement le plus facile du jeu, alors que très prometteur dans l'idée. Le second nous plonge dans un univers étonnamment sombre et inquiétant nous laissant croire que la saga sait également faire un peu flipper le joueur. Mais dans la globalité, chaque donjon de ce Zelda a son style bien à lui, multiplie les expériences de gameplay et torture suffisamment l'esprit du joueur pour y justifier une bonne perte de temps. Je n'ai pas spécialement de favori car au final, ils sont tous excellents, et je tiens à éviter qu'on ne croie que j'ai trouvé le Temple de l'Eau tout pourri : il est génial, super bien pensé, il faut juste arrêter de se toucher dessus sous un prétexte complètement lamentable. Assez avec vos "aaaaahhhh saloperie de temple de l'eau", pensez plutôt "mon dieu ce donjon est trop bien foutu". C'est finalement avec regret de voir que c'était "déjà fini" que j'ai complété cette quête au terme d'un ultime donjon pas super long mais ayant le mérite de proposer une expérience originale qu'aucun Zelda n'avait vraiment tentée jusqu'ici. Seul problème : quand on a fait Zelda III, trouver comment se défaire de Ganondorf ne constitue aucunement un challenge digne de ce nom. On retiendra seulement le côté épique de l'affrontement final et de ses différentes étapes, dont une très originale que j'ai beaucoup appréciée.

 

 

 

 

J'ai donc fini Ocarina of Time, en fouillant bien un peu partout mais pas trop (je me suis parfois dit "tiens, faudra que je repasse là" pour ne jamais tenir ma promesse), ai triomphé des forces du mal et ai décidé de rendre la cartouche 3DS à la généreuse âme me l'ayant prêtée. Cela ne signifie aucunement que l'expérience s'arrêtera là puisque je compte acquérir pour de bon un exemplaire à me refaire, en connaissant donc déjà le jeu, et en essayant cette fois d'accomplir la quête à 100%, skulltulas d'or comprises — d'ailleurs je pensais naïvement toutes les avoir trouvées lorsqu'en rapportant le total de 50 dans la baraque dédiée à cette quête annexe, j'eus la fierté de me voir annoncer que j'avais levé la malédiction des araignées. Mais surtout, et c'est là que je ne m'y attendais pas, je vais me refaire le jeu sur le support d'origine, surtout maintenant que j'ai une Nintendo 64 moddée RGB.

 

 

Tout ça pour quelle(s) raison(s) ? Eh bien, je n'ai aucune honte à l'avouer : oui, j'ai beaucoup, beaucoup aimé The Legend of Zelda: Ocarina of Time. Ça me vire un énorme poids de la conscience, je viens de rattraper quinze ans de retard, j'admets mes torts et on ne me reprendra plus jamais à émettre un avis négatif sur un jeu juste parce que sa première heure m'a totalement dérouté, pour ne pas dire fait chier. Je m'étais toujours dit que même si je n'y accrochais pas, contrairement à un MKDD à qui je ne pardonne rien et pour lequel je ne comprends définitivement pas l'engouement, je comprenais que beaucoup de joueurs aient accroché à Ocarina of Time, ou mieux encore, le vénèrent et le placent au firmament du jeu vidéo. Je pensais qu'il n'était juste pas fait pour moi (et inversement), sur ça aussi je me trompais. Cependant, moi qui pense qu'A Link to the Past est le meilleur jeu vidéo de tous les temps, vais-je voir mon panthéon personnel bouleversé à ce point? La réponse est non, car je trouve malgré tout beaucoup de choses à redire sur Ocarina of Time, qui m'ont parfois agacé, voire carrément déçu. Il est dommage qu'un jeu aussi maîtrisé visuellement, qui propose des thèmes musicaux aussi enchanteurs qu'épiques (comme le porc), et une aventure aussi vaste et variée, se montre aussi avare en terme de réel challenge. Il souffre clairement du syndrome "3D naissante" qui avait aussi frappé Mario 64 deux ans auparavant, et même si je ne veux pas lui en vouloir pour ça (comprendre : privilégier la liberté d'action et les grands espaces au détriment de combats confinés et complexes), je trouve que la collecte de rubis, et même de flèches et de bombes touche franchement au foutage de gueule. Fort heureusement, en jouant "comme à l'époque", sans les pierres Sheikah et leurs indices sous forme de vidéos (que j'ai tous visionnés après coup pour me rendre compte du côté atrocement assisté du truc), on n'est heureusement pas trop aidé et ça fait du bien. En effet, Navi n'est pas toujours de si bon conseil que ça.

 

 

Et oui, Navi, j'y viens, comment croyiez-vous un instant que j'allais refermer une si longue critique d'Ocarina of Time sans évoquer la fée que tout le monde trouvait si chiante avec ses "Hey! Listen!" ? Eh bien, figurez-vous que je ne fais pas DU TOUT partie de ceux qui trouvent Navi envahissante. Déjà parce que ses interventions sont finalement rares, que parfois elle dit des trucs qui n'aident absolument pas, et qu'ensuite, avoir subi Exelo dans The Minish Cap a dû me la rendre fortement sympathique voire apaisante. Non, franchement, même en se remettant dans le contexte de l'époque, je ne la trouve même pas aussi emmerdante que le hibou exaspérant de Link's Awakening — "Hou ! Tu dois réveiller le Poisson-Rêve ! Hou !" ; d'ailleurs, même s'il ne s'agit pas du même strigidé (oui t'as vu comment j'étale ma science) que dans le si onirique opus monochrome, on retrouve un de ses cousins tout aussi pénible qui aime à nous pondre un laïus interminable dont on n'a souvent que faire avant d'oser nous demander si on veut le réécouter. NON, CASSE-TOI, JE VEUX JOUER. D'ailleurs, beaucoup ont décrié les PNJ, il est vrai caricaturaux et assez grotesques, mais ils ne m'ont pas choqué plus que ça. Même si le rire des reines des fées est probablement un des pires attentats sonores de l'histoire du jeu vidéo, osons le dire. Mais aussi et surtout, les jeux en full 3D de l'ère PlayStation/N64/Saturn qui sont encore visuellement acceptables et jouables se comptent un peu sur les doigts de la main d'un lépreux de Jakarta. De ce fait, hormis les phases avec une caméra fixe (qui font un peu penser à FFVII, d'ailleurs) qui se montrent un peu désagréables car on voit le plus souvent Link de très loin, le jeu se montre très maniable, les sauts automatisés ne choquent jamais, et le système de visée, en tout cas sur 3DS, est tout à fait convenable, même si le gyroscope forcé fait chier par moments. Peut-être pour mieux faire ressentir au joueur le côté très pervers du célèbre stick N64 ? Quoi qu'il en soit, hormis cette histoire de manque de challenge, que j'espère voir corrigé dans la Master Quest, je n'ai que trop peu à redire sur Ocarina of Time pour qu'il échappe à un verdict extrêmement positif.

 

 

 

 

C'est donc empli de soulagement et de fierté d'avoir vaincu un vieux démon que je ressors de l'expérience riche et fort agréable que m'a procuré Ocarina of Time. Sans le trouver aussi parfait que le fut celui dont il s'est clairement inspiré (au point d'avoir le sentiment régulier de jouer à un hommage à A Link to the Past en 3D), il est plus qu'évident qu'il s'agit d'un jeu magnifique techniquement et visuellement maîtrisé de bout en bout par une équipe qui nous avait jusqu'ici habitués à la perfection et demeure sincèrement dans cette même ligne de conduite. Si l'on peut légitimement pester contre une relative facilité et la surabondance de rubis qui gâche une partie de l'exploration, on ne peut que s'incliner devant un travail de très haute volée mêlant un level design intelligent et de toute beauté, des compositions musicales inspirées et sans fausse note, et un rendu d'ensemble épique, à l'image de ce qui n'avait finalement aucune prétention de se présenter comme la plus grande aventure de l'histoire du jeu vidéo à l'époque. À travers deux époques bien distinctes et leurs éléments de gameplay spécifiques, ce premier épisode de la saga Zelda en 3D permet à Link et à tout l'univers d'Hyrule de franchir un cap qui peut se montrer initialement difficile à appréhender, mais qui constitue un jeu magnifique et inoubliable une fois que l'on entre bien dedans. Et il serait vraiment très dommage de passer à côté sur la simple base d'a priori qu'il sait très bien faire mentir dès que l'on se prend au jeu. Que Miyamoto et sa bande me pardonnent, moi qui aime tant leurs productions, d'avoir osé négliger et critiquer ce jeu sans avoir pris le temps de l'apprécier et surtout de comprendre le réel chef-d'œuvre qu'il constituait.



J'ai adoré / aimé :


+ Une aventure globalement épique dont la qualité va crescendo avec de très nombreux passages légendaires

+ Epona et le cycle jour/nuit, de véritables prouesses techniques pour l'époque, alors que (presque) secondaires dans la quête

+ Un véritable récital d'un point de vue musical, avec très peu de ré-orchestrations, au point que même le thème phare de la saga a été zappé et ce sans aucun regret

+ Un jeu 3D de 1998 parfaitement jouable sans points faibles, c'est franchement très appréciable

+ L'inventaire et l'équipement, globalement super agréable à gérer, et la possibilité permanente de "switch" entre les boucliers et les tuniques est excellente

+ Le level design des donjons est franchement génial

+ La construction de l'aventure et la progression d'un donjon à un autre est parfaitement structurée et pleine de bonnes idées

+ Les rares indices donnés sont suffisamment nazes pour pousser le joueur à vraiment réfléchir

 


J'ai détesté / pas aimé :

 

- Relative facilité, on peut bloquer (pas longtemps) sur des passages spécifiques mais jamais sur un boss

- Gestion pour le moins lamentable des rubis, aussi bien en terme de quantité disponible que d'utilité

- PNJ moches, grotesques et plus que caricaturaux qu'on a tendance à oublier assez vite

- Quelques quêtes annexes oubliables voire très chiantes…

 

 

(à noter que je me suis efforcé au maximum de donner un ressenti sur le jeu original et que je n'ai donc pris en compte aucune spécificité de la version 3DS, comme l'aspect tactile ou le "Boss Challenge")

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