Mario Kart 8 – Nintendo se lance dans le grand huit

 

 

5 juin 2014

 

 

Il fallait bien que je vous parle de Mario Kart 8, que j'avais initialement attendu un peu davantage que d'ordinaire, en dŽpit d'un titre laissant prŽsager un manque criant de renouvellement et d'originalitŽ. Le combo 1080p/60fps promis par Nintendo, la perspective de s'Žclater en ligne sur une console de Big N avec un "vrai" pad wireless, ce sentiment prŽdominant dans les aperus qu'on tenait lˆ un Mario Kart Wii en HD o les karts redeviendraient ma”tres du terrain au dŽtriment des motosÉ tout Žtait en place pour que j'attende enfin rŽellement quelque chose d'un Mario Kart 3D. Car, comme chacun sait, je n'ai jamais ŽtŽ super copain avec l'Žpisode 64, que seul le successeur sur Gamecube a su me faire apprŽcier avec le recul, et j'ai toujours considŽrŽ les Žpisodes suivants comme corrects, divertissants, mais loin de ce que la saga avait su m'apporter dans ses plus jeunes heures. En outre, et au bien-delˆ de ces considŽrations trs individualistes, il convient Žgalement de rappeler que la situation de Nintendo n'est pas trs rŽjouissante et que "MK8" est un peu attendu comme le sauveur d'une console qui peine totalement ˆ s'imposer dans les salons, la faute ˆ un paquet de facteurs bien diffŽrents, plus ou moins objectifs d'ailleurs, que je ne vous ferai pas l'affront de dŽtailler ici. Bref, c'est un euphŽmisme que de dŽcrire ce Mario Kart comme attendu au tournant, on est en rŽalitŽ plus proche du "a passe ou a casse". Ë la bourre sur le marchŽ actuel des consoles de salon, Nintendo lance donc avec MK8 sa carapace bleue en direction de la concurrence, mais a-t-il bien d'autres atouts en main pour refaire son retard ?



Ë propos de la version jouŽe :

 

Cette review a ŽtŽ rŽdigŽe peu aprs la sortie du jeu initial, bien avant la sortie des diffŽrents DLC (de fort belle qualitŽ au demeurant) qui ne seront donc pas ŽvoquŽs ici. Cet article contient mon avis ˆ chaud sur Mario Kart 8 tel qu'il fut sorti dans le commerce, et n'a pas ŽtŽ retouchŽ, pour en prŽserver l'intŽgritŽ et le style d'Žpoque, comme pour toutes mes anciennes reviews ou chroniques.

 

 

 

 

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : la licence Mario peine vraiment ˆ se renouveler et ne rŽcolte plus que des retours mitigŽs depuis l're glorieuse (et dŽjˆ Žtonnamment ŽloignŽe) de Mario Galaxy, en dŽpit d'un excellent "3D World" n'ayant hŽlas pas vraiment aidŽ la WiiU ˆ dŽcoller. Ë l'inverse, ds qu'il s'agit de Mario Kart, il n'y a jamais rien ˆ redire, le succs est quasiment toujours total. Conscient de cette force, Nintendo va donc se contenter, ˆ la base, d'appliquer sa recette habituelle en modernisant le tout visuellement. MK8 se compose des grands classiques que sont le Grand Prix dŽclinŽ en trois cylindrŽes (50cc, 100cc, 150cc) plus un mode Miroir ˆ dŽbloquer, le traditionnel contre-la-montre, l'incontournable mode Versus, et une "bataille de ballons" confinŽe dans son coin, les heures de gloire du Battle de Super Mario Kart et Mario Kart 64 semblant tristement loin. Comme de coutume, on a affaire ˆ quatre coupes composŽes de quatre circuits inŽdits chacune, plus quatre coupes "rŽtro" reprenant des titres des sept opus prŽcŽdents, revus ˆ la sauce HD pour le coup, et intŽgrant mme pour la plupart les nouvelles features de Mario Kart 7 (utilisation du deltaplane, passages sous-marins) et donc, de MK8, dont la grande nouveautŽ est l'antigravitŽ.

 

 

Beaucoup ont vu dans les previews de ce nouveau volet un hommage (ou un aveu d'abandon de la saga ?) aux F-Zero 3D. Si, techniquement, c'est trs rŽussi, relativement impressionnant mme, et que cela s'accompagne d'idŽes de gameplay (des mini-turbos au contact de chaque personnage lorsque l'on roule en mode antigravitŽ, par exemple), ce concept n'apporte pas spŽcialement un plus incroyable ˆ l'univers Mario Kart. C'est bien davantage la beautŽ et la fluiditŽ impressionnantes de ma”trise du jeu en solo (offline comme online) qui ont de quoi scier le joueur, qui pour la premire fois dans un Mario Kart est ˆ moitiŽ spectateur. C'est d'ailleurs un axe d'innovation sur lequel Nintendo a beaucoup travaillŽ, intŽgrant ˆ son titre la "MKTV", sorte de cha”ne dŽdiŽe aux Žpreuves de Mario Kart, o l'on peut choisir de sauvegarder des courses personnelles et les diffuser sur une plate-forme o d'autres joueurs peuvent la consulter. MKTV est comme une sorte de vrai-faux sponsor ˆ part entire, prŽsent partout dans le jeu (panneaux d'affichage le long des circuits, logo sur les replays, publicitŽ sur un des modles de deltaplanesÉ). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette cha”ne diffuse des programmes magnifiques, car oui j'y reviens, MK8 est rŽellement beau ˆ tomber. DŽjˆ, mme dans l'aspect cartoon colorŽ de la plupart des tracŽs, c'est trs dŽtaillŽ, et le fan service est trs prŽsent. Mais c'est surtout ds que l'on a affaire ˆ des effets de lumire (plein soleil, ou alors crŽpuscule) et d'eau (flaques et reflets) qu'on en prend plein les mirettes. Comme le jeu supporte sans mal son framerate constant de 60fps, l'expŽrience visuelle est proprement ahurissante comme jamais elle ne l'avait jusqu'ici ŽtŽ dans un Mario.

 

 

 

 

Au niveau des univers parcourus, Nintendo ne fait a priori pas dans le spŽcialement original, concluant la coupe spŽciale par les traditionnels ch‰teau de Bowser et Rainbow Road (que je n'ose appeler de son nom traduit en franais), aprs avoir parcouru maison hantŽe, bord de mer (et fonds marins), dŽsert et pistes plus traditionnelles. On dŽmarre pourtant sur une note inhabituelle, avec un circuit aux allures de grande arne intŽgralement de nuit introduisant les premiers dŽlires antigravitationnels. Le jeu offre aussi un parcours dans les cieux (nuages, bateau volant, et haricot gŽant) ayant tout d'une Rainbow Road diurne, le tour d'un aŽroport entre pistes d'atterrissage et hall du terminal principal, ou un dŽtour totalement psychŽdŽlique dans une sorte de circuit-nightclub o la compŽtition se voit rythmŽe sur un beat electro entra”nant. Lˆ o son antigravitŽ ne transcende pas toujours (car la plupart du temps, on a davantage l'impression d'tre en plein "banking" d'un ovale, comme sur Luigi Raceway de MK64 par exemple), MK8 parvient ˆ offrir de nouvelles expŽriences en terme d'ambiance, le tout grandement favorisŽ par une bande son une nouvelle fois intŽgralement orchestrale (une mode ˆ laquelle Nintendo semble dŽsormais plus qu'attachŽ) qui rend certains circuits totalement Žpiques. Cela aide Žgalement de nombreux anciens tracŽs ˆ prendre une toute nouvelle dimension : la si soporifique et interminable Rainbow Road de MK64, qui se voit ici synthŽtisŽe en un parcours unique en trois segments pour Žviter trop de longueur, s'en trouve littŽralement magnifiŽe.

 

 

Car oui, Mario Kart aime bien reprendre les thmes tentŽs dans ses prŽdŽcesseurs, mme lorsque ces derniers sont controversŽs au sein de ses fans les plus Žlitistes. Ainsi, on a de nouveau droit ˆ des tracŽs-parcours (le second Žtant une longue descente d'une montagne depuis son sommet, assez grandiose il faut dire, et qui rappelle certaines poursuites ˆ ski de James BondÉ), et ˆ l'absence totale de prise en compte du meilleur tour en course dans un contre-la-montre qui se voit complexifiŽ par l'ajout des pices, utilisŽes jusqu'ici uniquement en mode course. Si cela favorise la diversitŽ des stratŽgies, on est en train de perdre quasi dŽfinitivement l'essence d'un Time Trial qui se voyait dŽjˆ pas mal trahie ds MK64 par l'introduction des champignons faussant un peu la donne. Fort heureusement, le partage via Miiverse, l'Žchange de fant™mes et les rŽcompenses (sous forme de tampons) empchent le contre-la-montre de MK8 d'tre son parent pauvre, laissant ce triste privilge ˆ un bien terne mode Battle, comme ŽvoquŽ plus haut. Au final, cet Žpisode se montre plut™t agrŽable ˆ jouer seul, mme s'il faut comme souvent attendre le 150cc, pour ne pas dire le mode Miroir, pour trouver un rŽel challenge ˆ se mettre sous la dent. N'importe quel "vieux routard" de la saga devrait rŽussir ˆ obtenir les trois Žtoiles de chacune des huit coupes en 50cc et 100cc au premier essai ou presque...

 

 

Par contre, quand on arrive aux courses plus ardues en difficultŽ maximale, on va rŽgulirement pester contre l'IA certes, mais surtout contre certains circuits en particulier, o les personnages gŽrŽs par la console ont ŽtŽ dressŽs pour tre bien plus performants et agressifs, et ce sans qu'on ne puisse y trouver de rŽelle justification. Cela a de quoi rendre deux ou trois coupes pŽnibles tant on sait ˆ l'avance qu'un des quatre circuits va ruiner la qute aux trois Žtoiles mme en livrant une prestation d'anthologie — pour ne pas dire la meilleure des quatre Žtapes de la compŽtition. Le dŽsŽquilibre de difficultŽ et d'agressivitŽ de l'IA se montre ainsi trs frustrant par moments, et c'est d'autant plus dommage que le dŽcha”nement d'options offensives (carapaces, bombes, Žtoiles...) tellement insupportable dans un Mario Kart Wii a ŽtŽ considŽrablement attŽnuŽ ici. Certains trouveront toujours le moyen de se plaindre d'avoir encaissŽ successivement une carapace bleue (alors que celles-ci sont bien plus rares, et cerise sur le g‰teau, il existe enfin une arme 100% efficace contre ellesÉ ˆ condition d'en disposer, certes), une carapace rouge et un Žclair les faisant passer de premier ˆ septime ˆ quelques encablures de l'arrivŽe. Mais ce constat se montre clairement moins frŽquent et contribue ˆ rendre le jeu bien plus agrŽable ˆ jouer en solo, ce qui faisait dŽfaut aux dernier opus, pas mal dŽcriŽs de ce point de vue.

 

 

 

 

 

Qu'on ne s'y trompe quand mme pas: la vŽritable force de MK8, comme tous ses anctres, rŽside dans son multijoueur, et surtout en ligne. Alors certes, on pourra lŽgrement r‰ler sur le fait que le multi local soit limitŽ ˆ quatre joueurs (alors qu'un cinquime peut trs bien s'immiscer via le gamepad, ce que proposent d'autres jeux Wii U !), et sur les 30fps qui font un peu mal aprs avoir t‰tŽ ˆ la fluiditŽ exceptionnelle en solo. Mais ds qu'on bascule sur le multi en ligne, fort d'un systme de tournoi plut™t bien foutu, et permettant surtout de jouer en 60fps ˆ domicile contre ses potes (une performance que j'ai personnellement du mal ˆ m'expliquer !), on saisit ˆ quel point Nintendo a magnifiquement bien travaillŽ, surtout quand on a conscience de son (prŽsumŽ ?) retard en terme de jeu en ligne. MK8, sur ce simple point, se trouve tre LE titre rassembleur qui a de quoi faire vendre des Wii U par palettes et faire sortir de leurs habitudes Microsoft/Sony des joueurs qui, pour beaucoup plus qu'on ne l'imaginait, n'attendaient que a. La plupart des fans habituels de la saga y trouveront clairement leur compte, et il est fort probable que MK8 puisse Žgalement remporter l'adhŽsion parmi beaucoup de ceux qui ont espŽrŽ d'un ModNation Racers ou d'un pourtant prometteur LittleBigPlanet Karting qu'il fasse la nique au roi MK. Mme le pourtant fort sympathique et nerveux Sonic & SEGA All-Stars Racing (et son successeur "Transformed") s'en voient dŽpassŽs, tant Mario Kart a rŽussi ˆ se moderniser avec brio.

 

 

Pourtant, tout n'est pas si rose dans un tableau final globalement trs positif. Il fallait quand mme revenir sur une des plus grosses hŽrŽsies du casting de MK8 — et oui, le terme employŽ est le bon. Si l'idŽe d'introduire les "Koopalings" (comprendre: les sept enfants de Bowser, Žternellement cantonnŽs au r™le de boss de fin de monde depuis Super Mario Bros. 3) est plut™t sŽduisante, surtout au vu des aptitudes de Morton, la prolifŽration de variation "bŽbŽ" des personnages commence ˆ devenir rŽellement lourdingue, surtout quand on voit dispara”tre ˆ leur profit des Roi Boo, Skelerex ou surtout Funky Kong (mon plus grand regret personnellement). Et que dire de l'aussi inattendue qu'injustifiŽe Peach d'or rose, totalement inventŽe de toutes pices, encore plus que BŽbŽ Harmonie. Sur le coup, Nintendo aurait quand mme pu s'intŽresser un minimum aux choix de sa clientle sur les prŽcŽdents volets. Ah, oui, c'est vrai, on me souffle dans l'oreillette que Nintendo n'Žcoute jamais ses fans. Fort heureusement, il n'y a que sur cette histoire de personnages jouables qu'ils se sont lamentablement gaufrŽs, tant ils ont assurŽ sur le reste. Et puis bon, finalement, mieux vaut perdre de bons personnages mais voir les karts de retour au plus haut niveau, et ce au dŽtriment des motos et autres engins bizarres. Ceux qui auront dŽbloquŽ le Gold Kart et le conduiront avec un Bowser ou Morton comprendront ˆ quel point piloter un vŽritable kart avec vitesse, prŽcision et danger est redevenu jouissif...

 

 

 

 

Vous l'aurez compris, Mario Kart 8 est un trs grand cru. Et c'est d'autant plus vrai que votre serviteur a l'habitude de tailler plus ou moins violemment les Žpisodes console ayant suivi MK64, et de ne jamais avoir plus accrochŽ que a aux versions portable en 3D. Non, vraiment, il n'y a pas grand-chose ˆ reprocher ˆ une telle dŽmonstration de ma”trise technique qui donne autant envie de se lancer sur la piste, et dans la bataille si j'ose dire, tant ce nouveau Mario Kart est beau, fluide, moins dŽsŽquilibrŽ que par le passŽ. Et surtout, tant on y retrouve enfin des sensations de pilotage et de vitesse qui commenaient ˆ sŽrieusement manquer, surtout au volant d'une classe de vŽhicules ayant quand mme donnŽ son nom ˆ une sŽrie qui, elle, a donnŽ le sien ˆ un genre ˆ part entire. On peut dŽclarer sans l'ombre d'un doute qu'elle rgne toujours d'une main de ma”tre sur le genre en question, malgrŽ une concurrence l'ayant rŽcemment remise en question. Juste le temps que Mario Kart se mette ˆ son tour ˆ la HD et mette tout le monde d'accord : le n¡1, a reste bel et bien lui, quels que soient les obstacles qu'on lui mette sur la route.



J'ai adorŽ / aimŽ :


+ Graphiquement somptueux, a donne de plus en plus envie de voir un Mario 3D inŽdit, lˆ...

+ FluiditŽ ahurissante avec un 60fps constant sans accrocs, mme en online du moment qu'on est seul sur sa console

+ Musicalement au top, a faisait longtemps qu'on n'avait pas ŽcoutŽ les musiques d'un Mario Kart

+ Sensations de conduite et de vitesse vraiment bien prŽsentes (ˆ partir du 150cc quand mme)

+ Mode solo plus en avant que par le passŽ, mme si paradoxalement, il doit pas mal a au c™tŽ communautaire

+ Multijoueur en ligne de trs haute volŽe

+ Toujours aussi fun, c'est Žvident mais il faut le rappeler

+ Enfin, les karts sont les meilleurs vŽhicules !

+ Des remakes d'anciens circuits absolument grandioses

+ La synergie Pro Controller / Gamepad

+ Trois nouveaux items sympathiques et assez pertinents

+ La gravitŽ est trs bien ma”trisŽe...

 


J'ai dŽtestŽ / pas aimŽ :

 

- ... mais elle ne sert franchement pas ˆ grand-chose

- Casting franchement dŽcevant avec des ajouts plus que discutables

- Le 30fps en multi local pique un peu (beaucoup ?) aprs avoir t‰tŽ au solo

- Quelques circuits totalement oubliables, pour ne pas dire dispensables, et choix inŽgal en qualitŽ c™tŽ rŽtro

- La map des circuits visible uniquement sur le Gamepad... quand on ne joue pas dessus, Žvidemment

- Le dŽsŽquilibre incomprŽhensible de l'IA d'une course ˆ l'autre

- La rŽelle mise ˆ mort du mode Battle

 

 

Antistar

 

 

© Antistar  2016-2017  ¥ Host : FFVIMan  ¥ Bannire : Orioto ¥ Contact : Twitter