Grand Theft Auto IV (et extensions) – La sainte trinitŽ

 

 

12 avril 2014

 

 

Attention pavŽ. Une discussion sur Twitter m'avait fait prendre conscience de l'intŽrt de conter publiquement l'expŽrience trs personnelle que j'ai de ce titre, et l'absence totale de review de ma part en cinq ans n'avait fait que me conforter dans mes choix de rŽdiger une nouvelle review. Je vais en effet vous parler de Grand Theft Auto IV ainsi que de ses extensions, et commencer pour une fois par la fin, en annonant que ce jeu a de trs fortes chances de faire partie de mon "all-time top 5" ˆ vie pour d'innombrables raisons. J'adule littŽralement GTA IV et n'ai aucune honte de l'admettre. Ce jeu m'a fait voyager (pour de vrai), m'a fait dŽfinitivement entrer dans l're adulte de ma vie de gamer, et j'y ai passŽ des centaines d'heures, multi et solo confondus, alors qu'il est visuellement datŽ, que son framerate est ˆ la ramasse, et qu'il est tellement sŽrieux et "noir" que beaucoup de gros fans de la saga s'y sont fait chier. Et le pire, c'est que je les comprends. Bref, aprs une intro pareille, je me sens plus que jamais obligŽ de me justifier.



 

 

Ë l'instar de ma review d'Ocarina of Time, il convient que je vous raconte un peu le contexte dans lequel j'ai dŽcouvert GTA IV, car je conois tout ˆ fait qu'il ait jouŽ un r™le primordial dans l'apprŽciation que j'ai du jeu. Jusqu'en janvier 2009, je n'avais pour ainsi dire jamais jouŽ ˆ autre chose que du Mario/Zelda et ˆ des adaptations de licences type Tintin ou AstŽrix sur consoles Nintendo, ainsi qu'ˆ des jeux de foot et de bagnole sur PS1/PS2 (mme si je ne renie en rien aucun des Gran Turismo, ou le premier Driver, ni les bons vieux PES sur PS2), et les Guitar Hero. En-dehors de cela, quelques rares exceptions sur NES/SNES (TMHT, F-Zero, GradiusÉ) et PS1 courant 2006-2007 (trilogie Crash Bandicoot, Klonoa). Je n'avais jamais touchŽ au moindre Tomb Raider, Resident Evil, Final Fantasy, Metal Gear, Castlevania, Silent Hill et consorts. Et encore moins ˆ GTA. Et puis, dŽsireux de jouer un jour ˆ l'hypothŽtique cinquime Gran Turismo, et tentŽ par LittleBigPlanet et mme attirŽ par les magnifiques Uncharted et Assassin's Creed, j'ai fini par me prendre une PS3 d'occase dŽbut 2009, qui constitua d'ailleurs une affaire incroyable. En plus des nombreux jeux du lot ne m'intŽressant pas plus que a (et dont la revente assumŽe a favorisŽ le tarif d'anthologie que me cožta la machine), se trouvaient GTA IV et Uncharted. Soucieux de m'assurer du bon fonctionnement de chaque titre destinŽ ˆ la revente, j'ai donc mis plus de 2 h ˆ tous les installer, dont GTA IV, qui fut en rŽalitŽ mon second contact avec un titre de la sŽrie, aprs Vice City (que je possŽdais mais davantage pour la collection qu'autre chose, n'y ayant jouŽ que quelques minutes). Je l'avais Žgalement aussi vu tourner lorsqu'un ami Žtait venu chez moi passer une semaine en aožt 2008, avec sa PS3 et le jeu, mais je n'avais pas vraiment fait davantage attention que a. Bref, sur le coup, mon apprŽciation (sur un cathodique 55 cm, c'est important) fut du genre "ouais, a a l'air pas mal, mais j'aurai jamais le temps de m'impliquer dans un tel jeu". Il faut dire qu'ˆ l'Žpoque j'avais un boulot, que c'Žtait en plus ˆ peine un an aprs mes dŽbuts professionnels et que je rentrais encore "tard" tous les soirs (genre 20 h) et que je jouais pas mal ˆ SMK o ma carrire (notez l'omission volontaire de guillemets ici) Žtait en pleine progression. Et je voulais me mettre ˆ Uncharted dont le premier test m'avait directement emballŽ, d'ailleurs ce fut le seul jeu du lot (sur 9 titres) que je conservai. Pour le succs que l'on sait.

 

Pendant quelques mois, j'ai donc petit ˆ petit franchi le cap du jeu plus adulte, en 3D/HD, devenant fan du premier Uncharted, investissant dans une TV 37" full HD avec ambilight, puis dans le premier Assassin's Creed, dans GT5 Prologue Žgalement, me constituant une petite liste de titres ˆ faire ˆ laquelle se greffrent rapidement le premier MotorStorm, LittleBigPlanet donc, Mirror's Edge... et mme Resident Evil 5, qu'un collgue de boulot m'avait prtŽ et que j'avais trouvŽ plut™t sympa. Et puis, dŽbut mai 2009, dans une brocante vraiment bien merdique du fond de l'Aisne, le lendemain de l'acquisition de mon premier smartphone (ˆ croire que tout est liŽ), j'ai trouvŽ GTA Chinatown Wars (pour DS donc) complet comme neuf ˆ un tarif dŽrisoire. J'ai tentŽ. J'ai SURKIFFƒ. Ce jeu incroyablement fun, variŽ et plein de qutes dans tous les sens constitua le compagnon idŽal de mon aller-retour quotidien d'1 h 30 de TGV et me fit donc dŽcouvrir l'univers de Grand Theft Auto mais aussi et surtout de Liberty City. J'avais l'impression, avec cette vue du dessus, de jouer ˆ un Zelda-like urbain avec des bagnoles et du sang (si si, dans ma tte je raisonnais ainsi, m'en voulez pas). Il devenait essentiel pour moi de refaire l'acquisition de GTA IV, que je reus tout dŽbut juin. Au cours d'un d”ner avec celle qui allait devenir ma femme ˆ peine deux mois aprs, je lui demande si je continue RE5 (ˆ peine entamŽ) ou si je me mets ˆ GTA. DŽsolŽ pour l'analogie douteuse mais sa rŽponse lors de ce d”ner a changŽ ma vie. Je me suis lancŽ dans GTA IV le 16 juin 2009, me suis tapŽ l'interminable installation puis ai pu savourer cette sŽquence d'intro incroyablement puissante, donnant le ton d'une aventure dont je ne connaissais bien Žvidemment pas encore les tenants et aboutissants, mais dont le motto saura trouver un sens extrmement fort pour moi.

 

I'm looking for that special someone.

 

 

 

 

J'ai mis ƒNORMƒMENT de temps ˆ finir GTA IV. Ë l'Žpoque je jouais quand mme vraiment peu sur ma PS3 toute rŽcente, car j'avais assez peu de jeux, je jouais toujours beaucoup ˆ SMK dans le but d'atteindre un top 5 mondial et de me prŽparer ˆ fond pour le championnat (dont le rŽsultat global donna raison ˆ cet entra”nement intensif), et puis j'avais un mariage ˆ prŽparer, quoi ! Du coup, et ma liste de trophŽes est lˆ pour en tŽmoigner, je n'ai achevŽ ce jeu que trois mois et demi aprs. Et je m'y suis remis extrmement rŽgulirement pour progresser dans l'interminable qute des 100%, trs chronophage mais aussi captivante tant elle me poussa ˆ explorer les moindres recoins de Liberty City. Ce fut Žgalement l'occasion de vivre une des expŽriences de couple geek les plus fun, ˆ savoir la qute des 200 pigeons qui nous occupa une journŽe entire avec madame, qui adore prendre le volant et conduire (en respectant le code de la route et les passants !) et se balader dans ce jeu, sans se prŽoccuper vraiment des missions. Une fois les "clŽs de la ville" remises, il me restait ˆ t‰ter d'un online hŽlas quelque peu dŽsertŽ du fait de l'anciennetŽ du jeu (Red Dead et Max Payne 3, entre autres, Žtant passŽs par lˆ, sans parler des modes multi des productions autres que celles de Rockstar). J'ai quand mme eu la chance de vivre toute cette expŽrience avec deux amis dont un qui avait fait le jeu sur PC ds sa sortie et n'y avait plus touchŽ depuis 3-4 bonnes annŽes et que cela tentait bien de le refaire ˆ fond. Le seul regret que j'ai concernant ce online, au final, est de ne pas avoir pu l'expŽrimenter du temps o il Žtait frŽquentŽ et constituait la seule expŽrience multijoueur en ligne proposŽe par Rockstar. Mais qu'importe, j'ai pu bien m'y amuser, et dŽcouvrir des bugs et glitches invraisemblables alors que le level max Žtait dŽjˆ atteint. Un peu comme ce solo largement torchŽ mais sur lequel je revenais rŽgulirement, juste pour conduire, me balader, faire sauter des trucs, et m'extasier devant Liberty City.

 

En effet, si GTA IV a eu un pouvoir si addictif sur ma personne, c'est en grande partie gr‰ce ˆ la citŽ dans laquelle il se dŽroule et que Rockstar a modŽlisŽe ˆ la quasi perfection, tentant de reproduire une New York virtuelle le plus fidlement possible. Il faut savoir que "Big Apple" ne me fascinait pas plus que a avant de commencer ˆ m'y intŽresser via les sŽries Friends ou Sex & the City auxquelles je m'Žtais mis (encore gr‰ce ˆ madameÉ) trs tardivement en 2006. Mais la reproduction si particulire que Rockstar fit de cette mŽgapole acheva de me rendre fan de cette ville. Si j'ai tant souhaitŽ me rendre ˆ New York pour visiter cette ville et que j'ai eu la chance d'exaucer ce rve, GTA IV n'y est aucunement Žtranger. J'ai vraiment dŽcouvert le concept d'open world avec ce titre qui m'a du coup ouvert beaucoup de portes sur la gŽnŽration du moment, alors qu'initialement seuls 3-4 jeux me tentaient. Je dis souvent que je n'aurais jamais ŽcoutŽ autant de rock alternatif/indŽ si je n'avais pas ŽtŽ fan de Nirvana ; eh bien il en va de mme pour les jeux vidŽo modernes/adultes en 3D gr‰ce ˆ GTA IV, qui m'a encore davantage ouvert l'esprit d'un point de vue vidŽoludique qu'Uncharted. Mieux encore : il m'a ouvert l'esprit sur tout un tas d'autres points. D'abord ce dŽsir d'Žvasion et de voyage que je suis si heureux d'avoir pu concrŽtiser. Mais aussi une toute nouvelle conception des Ïuvres de fiction "visuelles" (cinŽma et sŽries). Le nombre de films (et leur styleÉ) auquel je me suis mis par la suite lui est clairement dž quelque part. Idem pour certaines sŽries. Et que dire de la banalisation d'une VOST en laquelle j'avais tendance ˆ ne voir jusqu'ici que le reflet de la prŽtention de crŽtins Žlitistes dŽsireux de se la pŽter parce qu'ils visionnent leurs films/sŽries en VOST. Bon, il y a encore tout un tas d'abrutis dont c'est vraiment le cas (et qui n'apprennent que dalle parce qu'ils se contentent de lire les lignes de texte), mais pour le coup c'est tellement plus authentique ainsi. Je ne peux que saluer le choix de Rockstar de ne pas avoir fait localiser les performances vocales tant je sens qu'on aurait tournŽ ˆ la catastrophe — et tant pis pour ceux qui n'ont pas envie de faire les efforts requis. R* montrera ˆ plusieurs reprises que son c™tŽ rebelle se manifeste jusque dans le dŽni total de l'assistanat infect qui gangrne toute une gŽnŽration de jeux vidŽo, et mme de consommateurs en gŽnŽral.

 

Bon, c'est bien beau tout a, mais j'en vois dŽjˆ qui lvent la main et s'apprtent ˆ me dire "ouais donc GTA IV t'a converti ˆ la VOST et aux films de gangsters et aux jeux plus adultes, mais a plein d'autres jeux auraient pu le faire..." ET DONC JE TE METS UNE BAFFE ET JE TE LAISSE PAS FINIR TA QUESTION PARCE QUE JE SUIS LOIN D'AVOIR FINI MON EXPOSƒ. Les questions ˆ la con c'est ˆ la fin. Merci.

 

 

 

 

Grand Theft Auto IV n'est certes pas le premier jeu vidŽo ˆ proposer une sandbox aussi vaste, et pire encore : cette dernire Žtait plus vivante et surtout plus dŽlirante dans des opus passŽs. On pourrait dire que le passage ˆ la nouvelle gŽnŽration a justifiŽ cette nŽcessitŽ d'un rŽalisme plus froid et plus cru mais le concurrent Saints Row 2 sorti plus ou moins ˆ la mme Žpoque avait pris un parti inverse : moche mais totalement barrŽ. Et euh, de toute faon, il faut tre honnte : GTA IV n'est pas le jeu le plus photorŽaliste qui soit. Concrtement, jamais Rockstar n'a brillŽ sur ce point, se dŽmarquant une nouvelle fois avec une patte graphique incroyablement spŽcifique, caractŽrisŽe notamment par les traits caricaturaux de tous ses personnages, de Niko Bellic aux PNJ les plus insignifiants en passant par les innombrables acteurs majeurs de l'intrigue. Au final, de l'ensemble se dŽgage une classe unique, une touche visuelle qui n'appartient qu'ˆ lui et le rend identifiable instantanŽment, avec cet horizon quasi infini comme jamais on n'en a vu sur console. Le jeu propose une profondeur de champ invraisemblable et mieux encore, Rockstar gagne un pari trs dŽlicat pour l'Žpoque en affichant la map dans son intŽgralitŽ sans le moindre temps de chargement lorsque l'on se dirige d'un bout ˆ l'autre de Liberty City. Du coup, la console souffre du fait d'un chargement quasi continu, et le jeu rame. GTA IV n'est vraiment pas fluide et finalement, a permet d'encore mieux apprŽhender la conduite de ces grosses bagnoles amŽricaines de 3 tonnes dont les suspensions semblent aussi vŽrolŽes que celles des lits d'un motel ˆ putes de l'Oklahoma qui n'en aurait changŽ aucun en 30 ans. Ajoutons ˆ cela une mŽtŽo de chien (il y a pas mal de brouillard et de crachin, et quand il fait beau, on sent qu'on est en automne voire au tout dŽbut du printemps) et le c™tŽ trs crasseux des diffŽrents microcosmes frŽquentŽs : non, GTA n'est pas un hymne bling-bling au RN'B, au tuning et aux missions totalement dŽjantŽes, mais un vŽritable film noir interactif au scŽnario dont l'Žcriture se rŽvle trs soignŽe, d'une profondeur sans Žgal. C'est ˆ partir de ce point que vŽritablement, il se diffŽrencie de n'importe quel autre titre qui aurait pu me filer le dŽclic.

 

Concrtement, la force de ce GTA tient en trs grande partie dans le charisme (pourtant trs relatif) de son protagoniste. C'est con ˆ dire mais j'adore Niko Bellic, et je vais oser : je me retrouve vachement dans ce personnage, avec qui je prŽsente quelques similitudes en terme de personnalitŽ, ce qui facilite grandement l'immersion et mme l'empathie. C'est ce qui manque un petit peu aux personnages d'un Heavy Rain par exemple pour tre un jeu vraiment proche de la perfection dans son genre. Concrtement, je fais partie de ces gens pour qui la motivation extrme liŽe ˆ l'accomplissement d'une qute personnelle est quelque chose de trs profond et de trs important. La faon dont Niko se rend ˆ Liberty City dans le but d'y trouver la personne qu'il est venu y chercher, quitte ˆ devoir sacrifier ŽnormŽment et parfois mme trahir ses idŽaux ou se compliquer la vie me fascine littŽralement. Cet immigrŽ serbe est un personnage grognon, atypique, sans charme physique ni moral, une sorte d'anti-hŽros dont on suit la destinŽe et l'histoire avec passion, car l'intrigue se veut relativement captivante, axŽe autour d'un secret qu'il tarde ˆ dŽvoiler. On prend plaisir ˆ voir le niveau de son anglais s'amŽliorer au fil d'une expŽrience de vie terriblement immersive bien qu'Žvidemment peu recommandable. Pas mal de gens ont critiquŽ le fait que l'on dŽbarque ˆ Hove Beach avec le statut de larbin des Balkans et qu'en dŽpit d'un Žnorme tour de la ville et de centaines de milliers de dollars sur le compte en banque, le statut social de Niko n'Žvolue pas vraiment dans le jeu. Concrtement, je trouve cette fausse Žvolution et surtout les deux fins possibles aussi violentes que gŽniales. En vŽritŽ, le scŽnario et les "issues" possibles traduisent mieux que quiconque ne l'a jamais fait l'Žchec total du concept de rve amŽricain. L'incarnation d'un personnage grisŽ par ses illusions et ses espoirs, au travers d'une fin dŽcevante pour lui quelle que soit l'orientation prise, mise en scne par une cinŽmatique finale impressionnante de frustration, est probablement une des meilleures retranscriptions numŽriques de la personnalitŽ et des espoirs dŽchus d'un individu.

 

 

 

 

Je me rends compte, vu que je n'Žcris que des trucs dŽcousus et que je ne me relis dŽlibŽrŽment jamais, que je n'ai aucunement ŽvoquŽ la bande son du jeu. Comme de coutume, Rockstar nŽglige la composition de tout score spŽcifique ˆ l'ambiance in-game, largement compensŽe par une quinzaine de radios alternant pop-rock classique, house, jazz, rap pur et dur, metal, electro ambiante, RN'B, funk ou rock indŽ, ainsi que deux radios exclusivement consacrŽes aux talk-shows. Je ne peux ainsi Žvoquer cette partie de GTA IV sans faire partager l'un des dŽtails les plus intimes de mon expŽrience du jeu (qui contient un lŽger spoiler que je vais minimiser le plus possible) : la faon dont il m'a fait dŽcouvrir l'un de mes groupes dŽsormais cultes, ˆ savoir les Smashing Pumpkins, au travers de leur morceau "1979". J'ai en effet trs vite accrochŽ ˆ ce morceau diffusŽ sur Liberty Rock Radio sans avoir la patience d'aller en chercher le titre (c'Žtait encore au dŽbut du jeu, avant qu'il n'accentue rŽellement mon emprise sur ma personne et ma volontŽ de m'ouvrir ˆ davantage de choses). J'aimais parfois rouler de nuit sans but dans la ville ŽclairŽe de nŽons alŽatoires en l'Žcoutant, sans savoir ˆ quel point ce morceau et le visuel que je lui associais pouvaient tre vŽritablement liŽs. Puis vint cette incroyable sŽquence de rupture avec un des personnages fŽminins du jeu ayant trahi Niko (j'Žtais en train d'Žcrire "m'ayant trahi", c'est dire !), entre deux ruelles sombres aux abords des docks de Bohan (le Bronx du jeu). Il est environ 6 h du matin et mon pote Little Jacob me laisse ˆ mes illusions perdues, et je saute dans ma Banshee (l'Žquivalent GTA de la Dodge Viper) sur fond de soleil levant donnant un ton rose p‰le ˆ l'horizon de Liberty River et au pont reliant Broker et Bohan. Et lˆ surgit "1979" et son rythme aussi entra”nant que mŽlancolique, comme symbole d'une love story trop belle pour tre vraie et ˆ laquelle le jeu a rŽussi ˆ me faire gober. Cette chanson si puissante sur la nostalgie d'une vie ŽloignŽe, qui collait si bien ˆ cet instant. Je pense qu'on a tous des morceaux associŽs ˆ des moments de notre vie et c'est normal — mais je ne pensais pas pouvoir un jour en associer un ˆ une existence virtuelle. "1979" est depuis le titre le plus lu sur mon iTunes.

 

Outre ces questions d'identification il est vrai trs personnelles, et cette notion de qute d'un but ˆ tout prix que je trouve incroyablement saisissante et bien retranscrite, j'ai trouvŽ que GTA IV Žpate par son niveau d'Žcriture globale. Ce ne pourrait tre un film car bien trop long, mais une sŽrie d'une ou deux saisons avec ses rebondissements, trahisons, surprises, dŽceptions, au travers du melting-pot le plus variŽ qu'une ville virtuelle puisse proposer. C'est en me rendant ˆ New York que j'ai pu me rendre compte ˆ quel point le boulot de Rockstar sur l'authenticitŽ de la rŽalisation avait ŽtŽ incroyable. La plupart du temps, je n'avais mme pas ˆ m'aider de mon plan (ai-je dit au passage que GTA IV a rŽvolutionnŽ mon sens de l'orientation dŽjˆ plut™t dŽveloppŽ dans la vraie vie ? non ? et vous pouviez pas le deviner ? sŽrieux...), car je connaissais tellement Liberty City par cÏur que j'arrivais ˆ reconna”tre des lieux, des artres, des chemins logiques que j'avais tant arpentŽs virtuellement. Que l'on parle de Star Junction (Times Square), le cÏur de l'”le d'Algonquin (Manhattan) et des multiples nŽons dont le jaune des innombrables taxis n'a pas besoin pour ressortir, de l'Žnorme promenade de Hove Beach (Brighton Beach / Coney Island) au sud de Broker (Brooklyn) o savourer des hot dogs le long de la plage sur fond de grande roue, ou encore de l'immensitŽ de Middle Park (Central Park) et de son lac central autour duquel se baladent des joggeurs et Vespa-like, constituant d'ailleurs le cadre d'une des missions les plus marrantes et dŽcalŽes du jeu. Plus que jamais je n'ai apprŽciŽ de faire le tour d'une ville numŽrique entire et d'en conna”tre toutes les rues au point de pouvoir prŽtendre, sans l'ombre d'une hŽsitation, que je pourrais tre chauffeur de taxi dans cette ville si elle existait rŽellement. New York reste un peu plus complexe en vrai quand mme, surtout avec ses sens uniques de merde partout dans Manhattan. Mais revenons ˆ Liberty City et aux activitŽs qu'elle propose : en marge d'une qute principale longue de prs de cent missions (dont certaines littŽralement Žpiques et trs longues comme "Three Leaf Clover"), le jeu propose pour la premire fois de la saga une histoire se dŽroulant ˆ l'heure d'internet et j'ai donc perdu un temps invraisemblable ˆ me faire tous les sites web de l'internet fictif et compltement barrŽ conu exprs pour ce titre. Ce n'est mme pas un mini-jeu car inutile et n'apportant quasiment rien ˆ l'achvement des 100% (en-dehors du site de rencontres, et encore). Mais c'est un univers de plus ˆ explorer, totalement fou et caricatural, ˆ mourir de rire, les sites de news prŽfigureraient presque le Gorafi quand on y pense.

 

 

 

 

Proposer une satire violente et crue de la sociŽtŽ amŽricaine et de ses dŽrives, a a en effet ŽtŽ maintes et maintes fois effectuŽ, au final a n'a pas forcŽment grand-chose d'original. Mais quand on en est plus ou moins acteur et qu'on a l'impression de se sentir rŽgulirement visŽ par les critiques de scŽnaristes habiles et malins qui se foutent de la gueule de tout ce qu'ils trouvent, et touchent quasiment toujours au bon endroit, on en vient ˆ se remettre en question sur tout un tas de dŽtails. Se rendre dans des magasins de fringues hors de prix pour maintenir son appartenance ˆ une sociŽtŽ basŽe sur l'apparence. Bouffer de la junkfood parce qu'on nous la vend comme pas chre et qu'elle sait se placer aux coins de rue les plus stratŽgiques. Regarder des shows dŽbiles et des dessinŽs animŽs compltement fareflus ˆ la TV affalŽ sur un canapŽ, Žcouter des talk-shows racistes et misogynes ˆ la radio en ricanant comme un gros beauf. Et quoi de mieux au final pour Žchapper ˆ tout a que de sortir dans la rue armŽ d'un fusil ˆ pompe, de piquer la grosse cylindrŽe italienne du businessman des beaux quartiers qui croit qu'il peut la laisser garŽe comme a sans rien craindre, puis de semer un merdier pas possible et de justifier le nom de la CitŽ de la LibertŽ ? Grand Theft Auto permet cette libŽration et cette folie meurtrire gratuite que personne ne s'autoriserait dans la rŽalitŽ mais qui dŽfoule tellement bien dans un jeu vidŽo.

 

Au final, sur fond d'un des univers les plus crŽdibles et rŽalistes jamais conus virtuellement (en dŽpit de faiblesses techniques excusables pour le coup), le tout servi par une trame incroyablement bien dessinŽe et qui prend au corps pour plusieurs dizaines d'heures, Rockstar offre le plus beau condensŽ de ce qu'il avait ŽtŽ capable d'offrir jusqu'ici. J'ai ŽtŽ ŽnormŽment sŽduit et captivŽ et cela m'a conduit ˆ investir dans toutes leurs productions ultŽrieures tant on sent une Žquipe plus indŽpendante et audacieuse que la moyenne, toujours trs pro, jamais dŽsireuse de sortir un jeu pile au moment requis par le cahier des charges d'un Žditeur exigeant. Take-Two sait qu'il doit quasiment tout ˆ Rockstar sur qui il compte plus que tout au moment de faire ses bilans annuels et je ne peux que les remercier d'accorder ˆ cette Žquipe de dŽveloppement si mŽticuleuse le temps dont elle a besoin pour parfaire ses titres et nous offrir des expŽriences aussi riches, immersives et captivantes.

 

 

 

 

 

ƒvoquer GTA IV et sa qualitŽ scŽnaristique ne serait rien sans le clou du spectacle que constituent ses deux extensions. L'un des trophŽes/succs du jeu Žvoque une "impossible trinitŽ" qui, il faut l'avouer, n'a dž avoir aucun de sens pour les joueurs l'ayant dŽbloquŽ ˆ l'Žpoque. Ce n'est qu'en publiant ses deux DLC (probablement les deux meilleurs d'une gŽnŽration qui en a usŽ et abusŽ...) que Rockstar a apportŽ des rŽponses. Qui aurait en effet cru que l'intrigue globale de GTA IV constituait en rŽalitŽ un thriller ˆ plusieurs embranchements trs inspirŽ d'un Pulp Fiction ? C'est pourtant ce que R* a rŽussi ˆ concevoir avec brio au travers de deux Žpisodes additionnels publiŽs ˆ quelques mois d'intervalle en 2009, suscitant forcŽment l'attente et la curiositŽ des fans d'une saga qui avait vaguement divisŽ avec cet Žpisode si noir et cru, qui pour certains avait trahi les bases de la sŽrie aprs le totalement barrŽ San Andreas. Me concernant, j'ai repris le train en marche relativement ˆ temps, puisqu'achevant la trame principale de GTA IV peu avant que la seconde extension ne soit publiŽe. C'est dans ces conditions que j'ai acquis une Xbox 360 pour No‘l 2009, sur la seule et unique base de l'exclusivitŽ (qui allait s'avŽrer temporaireÉ) dont Microsoft bŽnŽficiait pour ces deux DLC qui, vous vous en serez doutŽs, valent plus que le dŽtour. Venons-en maintenant ˆ la critique (plus succincte et un brin moins personnelle, je vous rassure) de The Lost and Damned puis de The Ballad of Gay Tony.

 

La premire des deux extensions de GTA IV nous met dans la peau de Johnny Klebitz, membre du gang de motards The Lost, dans une Liberty City encore plus crasseuse sur fond de hard rock et de metal bourrin. On se rend assez vite compte qu'on incarne un PNJ rencontrŽ au grŽ des missions foireuses de Niko, tant™t alliŽ, tant™t ennemi (car il faut le dire, Niko et le gang des Lost n'Žtaient vraiment pas trs copains). A priori, cette extension n'a pour seule rŽelle nouveautŽ que de proposer une meilleure conduite ˆ moto ainsi que la gestion d'un groupement de motards associŽs lors des chevauchŽes fantastiques sur fond de "Highway Star" de Deep Purple — et croyez-moi, sur les voies rapides que propose la ville, cette sensation dŽchire sa race. Mais on prend trs vite conscience que Rockstar nous offre cette incroyable possibilitŽ de revivre, en plus de la trame spŽcifique ˆ cette extension, quelques missions du jeu principal dans la peau d'un autre personnage et sous un angle totalement diffŽrent. Ceux qui se demandaient comment Johnny avait pu survivre ˆ tel ou tel braquage lorsque GTA IV ne nous avait permis de vivre que l'ŽchappŽe solitaire de Niko seront servis. C'est Žgalement un plaisir de retrouver la mme ville mais en arpentant des zones diffŽrentes : on explore ainsi davantage Alderney la mal-aimŽe (censŽe reprŽsenter les aspects urbain et industriel du New Jersey faisant face ˆ New York de l'autre c™tŽ de l'Hudson), que GTA IV nous avait fait tardivement visiter. On expŽrimente de nouvelles missions annexes, d'autres mini-jeux, bien que la map soit identique, proposant juste un filtre visuel un peu rŽtro/grainŽ collant assez bien ˆ l'esprit. Et cet Žpisode renouvelle intŽgralement le parc de radios : si la plupart des stations ont le mme nom, leur playlist est intŽgralement diffŽrente. Lˆ o The Lost & Damned fait trs fort, c'est qu'il trouve le moyen de ne jamais nous faire dŽcrocher des radios rock/metal imposŽes dans quasiment tous les vŽhicules, car a colle beaucoup trop bien ˆ l'esprit rock & roll de cet Žpisode pour avoir envie de voir ce qui a ŽtŽ changŽ sur les autres stations. Et ˆ vrai dire, on ne le dŽcouvrira en profondeur que dans l'autre extension, o il sera quasiment de rigueur de ne plus switcher sur les radios rocks de l'univers des bikers.

 

The Lost & Damned a toutefois de quoi faire lŽgitimement dŽcrocher ceux qui trouvaient GTA IV trop sinistre et sŽrieux, tant il contribue ˆ insister sur l'atmosphre lourde et sans avenir d'une ville o les espoirs ne se concrŽtisent jamais, se rangeant cette fois du c™tŽ des parias de la sociŽtŽ. Mais Rockstar avait plus d'un tour dans son sac et se devait de renverser totalement les acquis avec The Ballad of Gay Tony et l'introduction du troisime protagoniste de cette fameuse "impossible trinitŽ" : Luis Lopez.

 

 

 

 

 

En effet, lorsque dŽbarque le second volet des Žpisodes additionnels de GTA IV, on sent que l'accent est mis sur une antithse totale du premier: couleurs vives, musique disco, ambiance de la nuit trs gay-friendly. On passe de deals d'hŽro douteux, motos, metal et misre urbaine ˆ luxure, discothques, yachts et folie des grandeurs. Le tout dans un scŽnario un peu plus long que celui dŽjˆ trs correct de The Lost & Damned (qui prend bien 8 ˆ 10 heures pour une premire partie, soit l'Žquivalent de pas mal de jeux vendus tels quels ˆ 70 ÛÉ). Cette fois-ci, on se retrouve dans la peau de Luis Lopez, le bras droit / garde du corps / beau gosse latino de "Gay Tony", propriŽtaire de discothques trs en vue, et homosexuel notoire. La caricature du milieu de la nuit, des bo”tes gays, des strass & paillettes devient alors compltement folle et nous ramne dans un esprit trs Vice City, trs jet-set. C'est le foutoir le plus total avec des missions vraiment dŽjantŽes, avec une mention trs spŽciale ˆ celles que peut confier Yusuf Amir, fils d'un Žmir richissime qui attend de Luis qu'il l'aide ˆ rŽaliser des rves totalement barrŽs comme ajouter ˆ sa collection de vŽhicules un tank de l'armŽe (ˆ faire dŽcrocher d'un hŽlicoptre en plein vol !!) ou pire, carrŽment une rame du mŽtro de Liberty City. L'extension propose Žgalement une immersion trs rŽussie dans les bo”tes de nuit avec jeu de danse en rythme, une setlist d'anthologie pour quiconque apprŽcie les bons hits club/house, et de nouvelles activitŽs comme le golf et surtout le base jump. Cette partie-lˆ de GTA IV est vraiment loufoque, dr™le et colorŽe, et rassurera ceux qui trouvaient l'ensemble trop terne et se prenant trop au sŽrieux. Toutefois, la trame de l'histoire de Luis ne fait que rejoindre celles de Niko et de Johnny. Ce n'est qu'en complŽtant GTA IV et ses deux extensions que l'on prend conscience que Rockstar avait tout bien Žcrit ˆ l'avance afin de nous proposer un scŽnario trs complet dont certains des chapitres pouvaient se vivre sous divers angles... dont un mettant en scne les trois personnages ˆ la fois, incroyablement bien foutu avec le recul, et qui fait prendre plus que jamais conscience d'ˆ quel point R* a conu ce jeu autour d'une Žcriture redoutablement efficace et inspirŽe des plus grands standards cinŽmatographiques du genre.

 

Je tiens ˆ cl™turer cette chronique avec un ultime apartŽ tŽmoignant de l'Žtonnant pouvoir que ce jeu peut avoir sur moi : en dŽpit d'une qute vraiment longue, je me le suis refait sur 360 par la suite, puisque le pack que j'avais obtenu pour bŽnŽficier en exclusivitŽ des extensions contenait Žgalement le jeu de base. Mme en l'ayant dŽjˆ fait deux fois sur PS3 (pour les 100% et conna”tre les diffŽrents embranchements scŽnaristiques que dŽclenchaient les nombreux choix possibles), je l'ai ainsi fait une troisime fois... et serais prt ˆ recommencer encore et encore. Alors que sur cette gŽnŽration, contrairement aux jeux rŽtro, j'ai remarquŽ qu'on n'est vraiment pas souvent du genre ˆ se refaire un jeu mme quand on l'a bien aimŽ. GTA IV, malgrŽ tous ses dŽfauts qu'il faut objectivement admettre, je le referai trs certainement encore et ne m'en lasserai jamais. Il est un petit peu comme cette personne que l'on vient ˆ chercher, parfois pendant des annŽes, pour ne plus jamais la l‰cher ni s'en lasser, mme si on a des tonnes de trucs ˆ lui reprocher, parce qu'elle a ce petit truc qui en fait cette personne si spŽciale pour qui on est prt ˆ tant donner et sacrifier. That special someone...

 

 

 

 

Je ne vais pas y aller par quatre chemins: Grand Theft Auto IV est ˆ mon sens un chef-d'Ïuvre vidŽoludique qui a marquŽ mon existence. Je me doute bien que la perception que j'en ai est extrmement personnelle et peut presque faire peur ˆ quiconque n'aime pas trop ce genre de jeu, voire ne cherche pas ˆ trop s'impliquer dans un jeu vidŽo. En outre, son aspect visuel et ses performances techniques totalement datŽes (qui Žtaient dŽjˆ limites pour 2008) ont franchement de quoi enfoncer toute forme de crŽdit que l'on pourrait accorder ˆ l'apprŽciation que j'en ai. Mais ce titre, ˆ travers une expŽrience de gameplay incroyablement permissive, un scŽnario d'une soliditŽ et d'une richesse ˆ toute Žpreuve, une ambiance et une bande son m'ayant marquŽ ˆ jamais, et son style visuel si propre et tellement dŽmarquŽ de standards de plus en plus uniformisŽs, en fait pour moi un des meilleurs jeux vidŽo auxquels j'aie pu jouer de ma vie. La seule chose que je puisse faire pour remercier infiniment Rockstar de ce boulot de titan est de consommer avec fidŽlitŽ leurs crŽations, et l'avenir m'a montrŽ que j'avais placŽ ma confiance et ma fidŽlitŽ sur le bon studio tant ils se montrent incapables de me dŽcevoir. Mais quelles que soient les expŽriences extrmement positives qu'auront pu me procurer des Red Dead Redemption, L.A. Noire, Max Payne 3 ou justement Grand Theft Auto V, aucune ne peut rivaliser avec cette notion de feeling si unique qui n'appartient qu'ˆ ce GTA, ˆ Liberty City, ˆ Niko Bellic et ˆ la relation si particulire que je peux entretenir avec ce titre. DŽfinitivement, dans ma vie de joueur mais aussi de consommateur et peut-tre mme d'homme tout simplement, il y a eu un avant et un aprs GTA IV.

 

 

Antistar

 

 

© Antistar  2016-2017  ¥ Host : FFVIMan  ¥ Bannire : Orioto ¥ Contact : Twitter