Gravity Rush 2 – Et si on s'envoyait en l'air ?

 

 

10 fŽvrier 2017

 

 

Ahhh, Gravity Rush. Ou plut™t "Gravity Crush" en ce qui me concerne. TestŽ ˆ l'Žpoque sans trop savoir ˆ quoi m'attendre sur une PSVita un peu avare en gros hits attirants, surtout pour le joueur trs "occidental" que je suis, cette petite bombe avait su me rendre accro on ne sait trop comment en dŽpit de son aspect trs "japoniais" et de sa jouabilitŽ improbable et souvent pŽnible. En fait, Gravity Rush, c'Žtait surtout un univers ˆ part, avec une touche visuelle tout en cel-shading assez unique, une citŽ fascinante d'un point de vue architectural (Hekseville), une bande originale jazz-rock formidable et envožtante (merci Kohei Tanaka), et des personnages amusants et sympathiques autour d'une protagoniste vraiment attachante (Kat). DŽbut 2016, un remaster PS4 lui rendait plus qu'hommage gr‰ce au travail de qualitŽ de Bluepoint (Žgalement trs performant sur The Nathan Drake Collection), et le tapis rouge Žtait dŽroulŽ pour ce qu'on n'attendait presque plus : une Žvidente suite espŽrŽe par une fanbase relativement limitŽe en Occident, mais heureusement suffisamment forte au Japon. Le cliffhanger archi frustrant du premier volet allait se trouver des explications ˆ travers un second volet qui se sera fait attendre, et snobera une PSVita orpheline d'une de ses plus belles ŽgŽries au profit d'une PS4 bien plus ˆ mme de mettre en valeur les aventures de KatÉ mais aussi de Raven. C'est l'heure de la confirmation pour une jeune sŽrie qui se doit, avec la PlayStation 4, de franchir un cap et d'atteindre le fameux stade de la maturitŽ. Alors, Gravity Rush 2 fait-il toujours autant tourner les ttes, et surtout dans le bon sens du terme ?



Ë propos de la version jouŽe :

 

Bien que Gravity Rush 2 dispose d'une plus grande rŽsolution sur PS4 Pro, c'est sur ma fidle PS4 "de base" (toujours le modle 1 To ˆ l'effigie de Nathan Drake sorti en mai 2016) que je me suis fait ma propre expŽrience de ce nouveau titre. En effet, le verrouillage ˆ 30fps Žtant Žgalement de mise sur la version "Pro", cette review devrait Žvoquer un aspect technique commun ˆ toutes les expŽriences de jeu. Ë noter qu'il a ŽtŽ jouŽ dans les deux semaines suivant sa sortie en version dŽmatŽrialisŽe (la promotion occidentale de Sony auprs de la presse et des reviewers s'arrtant lˆÉ), avec un patch 1.02 passŽ par lˆ entre-temps. Ë noter que Gravity Rush 2 ne proposait pas de patch "day one", ce qui a tendance ˆ se rarŽifier de nos joursÉ et tŽmoigne a priori d'un titre plut™t bien fini pour le coup. Les screenshots ont tous ŽtŽ rŽalisŽs par mes soins.

 

 

 

 

La dŽcouverte d'un nouveau monde

 

 

Qu'on se le dise de suite : Gravity Rush 2 n'est pas un jeu Žvident ˆ prendre en main, ni ˆ apprŽhender, pour quiconque aurait zappŽ le premier volet. Pour le coup, il est plus que recommandŽ de vous y frotter, via la version remasterisŽe, qui a l'avantage de ne pas tre spŽcialement chre et de proposer un titre somme toute assez court en ligne droite pour peu qu'on accroche rapidement ˆ l'ensemble. En outre, un anime en deux courts Žpisodes fait la jonction entre les ŽvŽnements des deux volets, offrant un petit aspect transmŽdia ˆ une jeune sŽrie dŽsireuse de s'imposer sur le plan narratif. PassŽ cet avertissement initial, plongeons-nous dans le grand bain ! Le moins que l'on puisse dire est que d'un point de vue purement scŽnaristique, Gravity Rush 2 cherche ˆ dŽsorienter ses fans les plus impatients de retrouver Kat et ses incroyables pouvoirs gravitationnels d'entrŽe de jeu. Y a-t-il ici comme une volontŽ de rassembler aficionados de la premire heure et novices dŽsireux de dŽcouvrir la saga ? Possible.  L'aventure, telle que la dŽmo (trs prometteuse) nous la laissait espŽrer, met un petit peu de temps ˆ se mettre en place, mais c'est aussi parce qu'il est nŽcessaire d'introduire tout un nouveau lore autour de Kat, de son chat Poussire et de son ami Syd, le sympathique flic de Hekseville rencontrŽ ds le dŽbut du premier Gravity Rush, seuls ŽlŽments connus en dŽbarquant dans cette nouvelle histoire. La suite cherche ˆ nous dŽsorienter quelque peu, ce qui n'est pas forcŽment un mal en soi : il faut rŽapprendre des bases connues et relativement peu modifiŽes, et en dŽcouvrir de nouvelles, axŽes pour le moment autour d'une gigantesque exploitation minire dans laquelle Kat semble plus ou moins rŽduite ˆ l'Žtat d'esclavage. On Žvolue au dŽbut exclusivement au sein du village flottant de Banga, qui semble dirigŽ d'une main de fer par la redoutable (et dŽterminŽe) Lisa, que notre hŽro•ne ne semble pas spŽcialement porter dans son cÏur. Et surtout, on apprend ˆ nos dŽpens que Kat et Raven ont ŽtŽ sŽparŽes contre leur grŽ, que Hekseville est loin derrire et qu'il semble impossible d'y retourner un jour : de quoi achever le sentiment de rupture mme si la jaquette du jeu laisse au moins espŽrer une retrouvaille entre ces deux "sÏurs d'esprit".

 

 

Fort heureusement, aprs avoir amŽliorŽ (du mieux qu'elle pouvaitÉ) son relationnel avec sa contrema”tre, et nouŽ une certaine complicitŽ avec la jeune et fragile Cecie, Kat finit par retrouver pleine possession de ses pouvoirs, et accde ˆ un tout nouvel univers : l'immense citŽ flottante de Jirga Para Lhao, partiellement explorable dans la dŽmo, et incroyablement plus vivante que pouvait l'tre Hekseville en son temps. On est passŽ des dŽbuts de la PSVita ˆ une PS4 au top de sa "carrire" dans l'histoire des consoles de jeux, et a se voit : l'univers proposŽ dans Gravity Rush 2 est immense, bien plus large ˆ explorer, et offre une verticalitŽ largement plus vertigineuse que son prŽdŽcesseur, qui avait dŽjˆ rudement impressionnŽ ˆ ce niveau. Sans trop en dŽvoiler, le deuxime volet des aventures de la Reine de la GravitŽ s'Žtale au travers d'une map aux limites pas toujours Žvidentes ˆ cerner, et dans des proportions rŽellement impressionnantes. La touche visuelle qui avait tant sŽduit en 2012 est toujours bien prŽsente, faisant de ce titre un des meilleurs reprŽsentants au monde d'un style cel-shading toujours dŽlicat ˆ ma”triser, mais qui fait mouche ˆ merveille ici. La rŽussite visuelle qu'est Gravity Rush 2, qui ose des palettes de couleur bien plus variŽes que son a”nŽ par ailleurs, ne rŽside cependant pas que dans une simple patte graphique. Il y a aussi toute cette architecture globale unique en son genre, qui visite les moindres spŽcificitŽs d'une vraie mŽgapole – quartier d'affaires avec grands buildings, zone commerante avec un marchŽ colorŽ et dynamique, villas luxueuses, bidonvillesÉ D'une manire gŽnŽrale, on retrouve certaines des thŽmatiques dŽpeintes dans les quatre zones d'Hekseville, mais avec une superficie et une variŽtŽ revues  la hausse. On pourrait tout simplement disserter pendant de longs paragraphes sur la prouesse d'urbanisme que constitue Jirga Para Lhao, tant les Žquipes de Japan Studio se sont attelŽes ˆ offrir ˆ ce nouveau Gravity Rush un monde plus vivant, plus vaste et plus complexe. Tout juste pourra-t-on se plaindre Žventuellement d'un rŽsultat finalement trop "rŽaliste" exception faite de l'aspect flottant sur plusieurs niveaux : la nouvelle citŽ que Kat explore a un c™tŽ plus humain, qui lui fait perdre un peu de son c™tŽ fantastique si chatoyant et original.

 

 

NŽanmoins, ne boudons pas notre plaisir : au niveau des diffŽrentes zones traversŽes, Gravity Rush 2 s'autorise de gros dŽlires. Les exploitations minires et les diverses failles, o Kat encha”ne dŽfis sur dŽfis et acquiert de nouveaux pouvoirs, sont lˆ pour nous rappeler que les level designers de l'Žquipe de dŽveloppement en prennent de la bonne. Celui qu'on appelle Gravity Daze au pays du Soleil Levant est globalement toujours aussi barrŽ avec son lot de sŽquences loufoques sorties d'une combinaison d'esprits tordus. Sur la totalitŽ de l'aventure (qui rien qu'en ligne droite, est presque plus longue que le premier volet ˆ 100%, DLC inclus !), on voit du pays, et tous les lieux traversŽs ont leur charme unique. En outre, Gravity Rush 2 s'offre un simili mode photo pour immortaliser les diffŽrents voyages de Kat, qui peut soit photographier les nombreux PNJ (trs diffŽrents et au character design toujours sympathique et inspirŽ), soit les paysages visitŽs, soit s'offrir son petit moment Instagram. En exploitant le mode trŽpied de cette fonction, Kat peut alors prendre des selfies dans diffŽrentes tenues, avec bon nombre de poses ˆ dŽbloquer au fil de l'aventure, sachant que l'appareil photo est tout sauf un gadget inutile dans le titre. UtilisŽ dans pas mal de missions (souvent secondaires, certes) et requis pour l'accomplissement de certaines collections annexes, l'appareil photo est un de ces petits ajouts a priori inutiles qui permet Žgalement d'offrir une petite dimension sociale ˆ un jeu ne nŽcessitant aucun mode multijoueur. En plus d'immortaliser bon nombre de moments et de lieux magnifiques, cette fonction permet de partir ˆ la recherche de trŽsors additionnels dissŽminŽs aux quatre coins de l'univers, et dont les joueurs peuvent conseiller la localisation ˆ d'autres en partageant leurs clichŽs sous forme d'indices. D'un simple point de vue exploration, et sans mme parler des missions annexes (qui sont plut™t nombreuses et rallongent solidement la durŽe de vie ; on y reviendra), Gravity Rush 2 respecte une bonne vieille maxime seyant aux suites ambitieuses de son espce : "bigger, better". De ce point de vue, il est indŽniable que ce nouveau titre remplit ˆ merveille sa mission, tant il donne envie d'en dŽcouvrir le moindre recoin, que ce soit pour farmer les gemmes, ajouter de nouvelles photos ˆ sa collection, dŽcouvrir des freques cachŽesÉ et toujours sans spoiler, vous n'tes vraiment pas ˆ l'abri de vos surprises.

 

 

 

 

La tte dans les nuages

 

 

Le monde aussi vivant qu'impressionnant visuellement de Gravity Rush 2 ne serait toutefois qu'un triste terrain vide s'il n'Žtait pas bien garni. Alors oui, c'est une Žvidence, mais c'Žtait en effet un des rares dŽfauts du premier volet : si les quartiers de Hekseville Žtaient vraiment fascinants ˆ arpenter pour les mirettes (et Žgalement pour le plaisir des oreilles), il n'y avait rien ˆ faire en-dehors de la trame principale et de dŽfis de scoring et de contre-la-montre trs vite plus frustrants que rŽellement passionnants. Dans ce nouveau volet, fini l'ennui potentiel en marge de l'histoire : non seulement les missions principales s'encha”nent avec beaucoup de dŽpaysement, proposant trs rarement deux fois de suite une action situŽe dans la mme zone, mais il y a une trs jolie quantitŽ d'activitŽs annexes ˆ expŽrimenter, et la majoritŽ d'entre elles consituent tout sauf du remplissage. Ë titre personnel, je me suis surpris ˆ avancer lentement dans la trame de base pendant sept ou huit Žpisodes au dŽbut du jeu, tant l'appel des missions annexes Žtait fort. Ces dernires sont globalement trs variŽes, assez peu se rŽptent, et elles offrent leur dose d'humour et de fan service pour complŽter ˆ merveille une histoire qui s'Žtend dŽjˆ davantage en longueur que son a”nŽe. Il y a pas mal de choses ˆ faire dans Gravity Rush 2, beaucoup mme. On regrettera quand mme que certaines missions tra”nent en longueur, comme pour rallonger une durŽe de vie assez solide de base et qui n'avait pas forcŽment besoin de ce type d'artifice. Si la plupart des qutes annexes se limitent ˆ une durŽe conforme ˆ leur statut facultatif, d'autres seront quasiment aussi longues que certains Žpisodes obligatoires du scŽnario, ce qui est quand mme un peu dŽsŽquilibrŽ. Fort heureusement, leur narration souvent teintŽe d'un humour lŽger et touchant permet de compenser une Žventuelle envie de r‰ler. Ce n'est de toute faon pas du c™tŽ de son histoire que Gravity Rush 2 nous Žnervera ou dŽcevra : sans trop en dire, il se conclut en effet sur une note trs diffŽrente de son anctre, qui s'ouvrait un peu trop ˆ une Žvidente suite qu'on a bien failli ne jamais conna”tre. Dans son ensemble, ce scŽnario offre son lot de rebondissements, de surprises, de grands moments, et ce sans cŽder ˆ trop de lieux communs ou de longueurs – ˆ part peut-tre sur un Žpisode sur la fin dont on se demande s'il ne se fiche pas dŽlibŽrŽment du joueur. D'une manire gŽnŽrale, ce que l'on pourrait qualifier d'Žpilogue est trs rŽussi et plut™t surprenant dans sa globalitŽ.

 

 

En plus d'offrir un terrain de jeu plus vaste et extrmement variŽ, Gravity Rush 2 souhaite se montrer le plus ŽquilibrŽ possible, et propose de fait les Žvidentes amŽliorations de jouabilitŽ et de level design qui suivent naturellement son Žvolution. Dans les missions, secondaires ou non, l'Žquipe de Japan Studio n'hŽsite pas ˆ prendre des risques en amenant Kat sur des terrains jusqu'ici inexplorŽs. On avait eu l'occasion de tester des filatures moyennement convaincantes (mais qui passaient quand mme on ne sait trop par quel miracle) dans le premier volet ; ici, ce sont de toutes nouvelles phases d'infiltration, avec jauge de mŽfiance des adversaires ˆ tenir en compte, qui sont proposŽes. Ces sŽquences, assez rŽgulires dans le jeu, constituent nŽanmoins un de ses points faibles. SŽduisantes sur le papier, elles souffrent d'un mal chronique dŽjˆ peru dans Gravity Rush premier du nom, ˆ savoir la pŽnibilitŽ de la moindre sŽquence de gameplay o l'hŽro•ne est privŽe (de faon forcŽe ou juste recommandŽe) de ses pouvoirs extraordinaires. Un peu comme les horribles passages de plate-forme d'un Super Mario Sunshine en son temps, o Mario Žtait privŽ du jetpack constituant l'ŽlŽment moteur de gameplay du titre, Kat n'est jamais aussi frustrante ˆ manier que lorsqu'elle ne peut que se diriger (ˆ une vitesse pas toujours bien dosŽe) ou sauter avec un manque de prŽcision parfois assez irritant. On pardonne sans difficultŽ la complexitŽ du maniement des pouvoirs gravitationnels, uniques en leur genre et sur lesquels les dŽveloppeurs ont fait plus que ce qu'ils pouvaient, mais on peste beaucoup plus sur des passages plus classiques, qui devraient tre simples mais ne le sont pas. Il en va de mme pour les rares sŽquences orientŽes plate-forme o la camŽra (difficile ˆ tenir lorsque la gravitŽ part en vrille, mais encore une fois cela se lŽgitime) n'est pas ˆ la hauteur de la prŽcision espŽrŽe. De fait, Gravity Rush 2 pche un poil trop souvent au niveau de la maniabilitŽ, et de soucis de camŽra quand mme assez pŽnalisants pour un jeu en trois dimensions aussi ouvert et dynamique. C'est l'un de ses rares mauvais points, et c'est dommage de constater qu'avec de nouvelles possibilitŽs de gameplay, pas grand-chose n'a ŽvoluŽ en prs de cinq ans depuis un Žpisode initial quand mme sorti sur une console portable tout juste lancŽe sur le marchŽ.

 

 

Puisqu'on en est dans la distributions de mauvais points, Žvoquons ple-mle les dŽtails qui font tache dans ce Gravity Rush 2. Aussi fun et agrŽable soit ce nouveau titre, il convient hŽlas de souligner avec objectivitŽ tout un tas de dŽfauts plus ou moins agaants, qui pour la plupart relvent de la technique pure. Si on veut btement chipoter, on s'attardera sur la feature aussi improbable qu'inutile que constitue la vue subjective : autant c'est bien foutu et il n'est pas dŽsagrŽable de se balader tranquillement dans les rues d'un quartier avec cet angle de vue, autant c'est Žvidemment compltement injouable ds qu'on se met ˆ jouer avec la gravitŽ ou qu'on veut se lancer dans un combat. Le jeu n'Žtant de toute Žvidence pas pensŽ pour accueillir une version compatible PlayStation VR (et je ne vous dis pas les nausŽes au bout de deux minutes avec un tel titreÉ), on se demande un peu quelle est la pertinence d'un tel ajout. Cela constitue d'ailleurs le seul nouvel ŽlŽment compltement discutable de ce nouvel opus. Le reste des nouveautŽs est au mieux pas toujours bien optimisŽ (les nouveaux pouvoirs sont intŽressants, mais leur ma”trise demeure assez perfectible), mais toujours plut™t pertinent. D'un point de vue purement technique, Gravity Rush 2 est finalement limitŽ ˆ 30 images par seconde, aussi bien sur une PS4 normale que sur une version "Pro" (ce qui laisse toujours aussi dubitatif quand ˆ la rŽelle utilitŽ de cette version avancŽe de la console, soit dit en passant). Ë titre personnel, je prŽfre ce type de framerate pour des titres trs cinŽmatiques comme Uncharted 4 par exemple, mais un jeu d'action-aventure trs "cartoon" et plein de dynamisme comme l'est Gravity Rush aurait mŽritŽ un peu plus de vivacitŽ. Sans exiger forcŽment 60fps constants, peut-tre pouvait-on espŽrer un peu plusÉ mais on atteint ici un niveau d'exigence pas spŽcialement objectif, et concrtement, les 30fps de Gravity Rush 2 sont tout ˆ fait apprŽciables. Il n'y a que les chutes de framerate assez violentes lors de sŽquences un peu blindŽes d'animations en tous genres ˆ l'Žcran qui peuvent faire grincer des dents. En fait, c'est plut™t du c™tŽ de l'Žtrange cache-misre trs "silenthillesque" qu'il faut chercher de quoi vraiment r‰ler : c'est sous forme de nombreux nuages (plut™t logiques au vu du c™tŽ cŽleste de l'environnementÉ) que Japan Studio trouve le moyen de masquer une distance d'affichage rŽgulirement aux fraises. Mais lˆ encore, ce n'est pas le plus gnant : on pestera plut™t contre les affichages extrmement tardifs de nombreuses textures, notamment lorsqu'on se rapproche du sol ˆ toute vitesse. Gravity Rush demeure un vrai dŽfi technique et souffre de fait de limites rŽgulires qu'on pardonnait aisŽment en 2012 sur PSVita, mais qui incitent beaucoup moins ˆ l'indulgence en 2017 sur une PS4 normalement ma”trisŽe par le studio.

 

 

 

 

Quand le chat devient panthreÉ

 

 

Cette petite sŽrie de points noirs, sur lesquels on ne peut clairement pas faire l'impasse, pourrait quelque peu entacher l'expŽrience d'un titre dont on aurait pu attendre un peu plus de ma”trise, comme ŽvoquŽ prŽcŽdemment. Concrtement, Gravity Rush 2 ne partage pas vraiment de dŽfauts avec son a”nŽ, et serait plut™t du genre ˆ en rencontrer de nouveaux. Fort heureusement, aucun n'est vraiment trs pŽnalisant et ne vient grossirement noircir un trs joli tableau. Surtout, ˆ moins d'tre compltement hermŽtique au concept de gameplay de base ou ˆ son environnement, il est de ces titres qu'on ne l‰che plus une fois dedans. Reste que ce second Žpisode s'adresse ŽnormŽment aux fans de la premire heure, ce qui peut autant constituer une force qu'une faiblesse. Fan-service ˆ outrance, retrouvailles avec des personnages sympathiques du premier volet, Gravity Rush 2 est tout simplement la suite qu'attendaient tous les joueurs ayant apprŽciŽ l'opus d'origine sur PSVita (ou dŽcouvert tardivement avec le mme plaisir sur PS4 via le remaster). Les quelques cinŽmatiques ne viennent clairement pas supplŽer les phases de dialogue faon bande dessinŽe, qui faisaient partie du charme irrŽsistible de Gravity Rush, et sont toujours aussi bien fichues et amusantes. Tout juste pourra-t-on dŽplorer que la VF (ˆ l'Žcrit uniquement) souffre d'Žtonnantes imperfections grammaticales et de traduction, ou encore regretter que les expressions de Kat, Syd, RavenÉ soient exactement les mmes qu'ˆ l'Žpoque. Comme ŽvoquŽ plus haut, tout l'aspect narratif de cette suite est franchement rŽussi, introduisant de nouveaux personnages charismatiques et/ou marquants (Lisa, Vogo, KaliÉ) au design inspirŽ et aux destinŽes vraiment intŽressantes ˆ suivre. En outre, comme espŽrŽ via les nombreux trailers du jeu, Raven joue un r™le plus important, et l'histoire prend davantage le temps de s'attarder sur le background de Kat, rŽpondant ˆ tout un tas de questions, y compris les nouvelles apparaissant au fil d'un scŽnario qui aurait pu sembler dŽcousu s'il n'Žtait pas en fin de compte tout ˆ fait correctement ficelŽ. Et ce quitte ˆ partir dans le grand n'importe quoi de temps en temps : Gravity Rush reste un bon gros dŽlire nippon typique sur pas mal de points, sans pour autant sombrer dans des clichŽs qui auraient pu irriter ˆ force. En terme de fond, du character design aux subtilitŽs du synopsis, ce titre garde finalement plut™t les pieds sur terre sans trop jouer les tte-en-l'air, un comble pour une production dont le concept est de se jouer pourtant de toute notion d'Žquilibre.

 

 

Afin de pousser le plus loin possible l'Žvolution de Kat et une ma”trise amŽliorŽe de ses incroyables pouvoirs, Japan Studio a choisi de lui en offrir de nouveaux. Ë travers une utilisation pas trs prŽcise (pour ne pas dire hasardeuse) du pavŽ tactile de la Dual Shock 4, notre hŽro•ne peut dŽsormais alterner avec deux "styles" – lunaire et Jupiter – lui permettant d'tre soit beaucoup plus lŽgre, soit plus lourde, avec les avantages et inconvŽnients qui en dŽcoulent. Si le style Jupiter permet ˆ la Reine de la GravitŽ de bŽnŽficier d'une puissance plus brute dans ses diffŽrents coups, son maniement s'en voit plus lourd et les sauts trs limitŽs. Ë l'inverse, le style lunaire, qui pour le coup porte carrŽment bien son nom, la rend capable d'effectuer d'incroyables sauts et d'atteindre plus rapidement des ennemis vŽloces et difficiles ˆ atteindre en temps normal. Cette dernire maniabilitŽ, assez compliquŽe ˆ ma”triser, pourrait par ailleurs presque passer pour une critique des fameuses jouabilitŽs dites "lunaires" de nombreux jeux de plate-forme sur ces deux dernires gŽnŽrations de consoles. Mais surtout, dans les deux cas, on se dit que c'est cool, spectaculaire, mais d'une accessibilitŽ quelque peu discutable, et pas toujours Žvident ˆ ma”triserÉ et ce n'est pas la seule nouveautŽ de gameplay qui, aprs coup, puisse faire dŽbat. En effet, ˆ ce niveau, on peut quelque peu critiquer l'arrivŽe des talismans. Le concept de collecte, de fusion (et d'Žchange auprs de l'oracle Pandore) des talismans n'est pas extraordinairement bien expliquŽ, et surtout, on ne ressent pas spŽcialement leur effet sur la puissance et la rŽsistance de Kat. La bonne vieille amŽlioration de pouvoirs passant par le mme systme de collecte de gemmes qu'en 2012 remplit toujours aussi bien son r™le, et cet ajout certes sympathique semble en fin de compte plus dŽcoratif que vraiment utile. Peut-tre suis-je personnellement passŽ ˆ c™tŽ de leur potentiel, c'est possible ; toutefois, ˆ aucun instant cette fonctionnalitŽ ne m'a paru rŽellement vitale pour progresser avec plus d'efficacitŽ. D'ailleurs, ˆ ce sujet, Gravity Rush 2 propose trois modes de difficultŽ classiques, le normal semblant clairement correspondre ˆ l'expŽrience du premier opus. Certains combats en fin de jeu sont un peu longuets et feront conna”tre quelques Žchecs (la faute notamment ˆ des fragments d'Žnergie souvent mal placŽs ou trs peu prŽsents), mais aucun dŽfi n'est vraiment insurmontable, surtout qu'un super pouvoir compltement fou apparaissant dans la dernire partie du jeu peut parfois inverser subitement la tendance en faveur d'une Kat bien mal embarquŽe.

 

 

DotŽ d'une durŽe de vie solide, offrant sa dose de challenge une fois que l'on s'attelle aux traditionnels dŽfis gŽnŽreux en gemmes prŽcieuses (ˆ condition de dŽcrocher l'or, bien entendu), Gravity Rush 2 est un titre bien plus complet que son prŽdŽcesseur, dont il est plus que le digne hŽritier. On l'a dŽjˆ ŽvoquŽ, mais l'univers conu par Japan Studio invite vraiment ˆ l'exploration et ˆ l'accomplissement des nombreux dŽfis et qutes annexes proposŽs. Vraiment trs joli, inspirŽ et original dans son design, et exploitant bien plus de palettes de couleur qu'un premier volet un poil trop cantonnŽ sur certaines teintes spŽcifiques, celui que la PSVita pleurera de ne jamais conna”tre nous plonge Žgalement dans une ambiance musicale d'exception. On avait dŽjˆ ŽnormŽment apprŽciŽ l'Ïuvre de Kohei Tanaka entre rock endiablŽ, atmosphres jazzy de folie, thmes orchestraux, mŽlodies Žlectroniques soit ambiantes soit presque technoÉ Trs peu de titres avaient fouillŽ autant de rŽpertoires musicaux diffŽrents avec un tel panache que Gravity Rush. Eh bien, le couvert est ici remis avec brio : on retrouve quelques compositions au tempo ou ˆ l'instrumentalisation revue, mais surtout, les styles explorŽs sont revisitŽs dans de nouveaux morceaux inspirŽs, marquants, envožtants, ou touchants. Le travail effectuŽ est original, puise assez peu son inspiration dans d'autres classiques du jeu vidŽo, un peu ˆ l'image de la "marque" Gravity Rush dans son ensemble finalement : c'est un style global unique qui est crŽŽ ici, et ˆ part peut-tre une ou deux mŽlodies familires (le thme de Bismalia rappelle un peu l'ascension de la tour Shinra dans Final Fantasy VII), c'est une bande son terriblement rŽussie que signe Tanaka pour la seconde fois de suite. Ë une trs forte identitŽ visuelle s'ajoute Žgalement une personnalitŽ musicale hors du commun, faisant de Gravity Rush 2 un accomplissement artistique dont on ne doutait de toute faon pas une seconde. Restait ˆ appliquer au charme Žvident de la forme la soliditŽ du fond, et dans l'ensemble, malgrŽ les dŽfauts ŽvoquŽs ˆ et lˆ, la synergie s'effectue plut™t bien, et la magie globale opre comme au premier jour, mais dans un environnement bien plus vaste, et beaucoup plus de possibilitŽs. Reste ˆ voir si l'ensemble aide ˆ pardonner tout un tas d'imperfections qui pourraient faire rager les plus exigeantsÉ

 

 

 

 

Il y a un peu deux faons de voir Gravity Rush 2. L'une, indulgente et passionnŽe, tend ˆ s'Žmerveiller devant un titre trs riche ˆ la direction artistique exceptionnelle, qui satisfait la plupart de ses ambitions, pardonnant aisŽment les quelques difficultŽs qu'il peut rencontrer. L'autre, bien plus intransigeante et peut-tre plus objective, viserait plut™t ˆ faire preuve d'un peu de retenue en grattant le vernis magnifique d'une production pleine de petits dŽfauts qui enrayent une formidable machine. Dans les deux cas, c'est en grande partie la connaissance de l'univers de Gravity Rush qui jouera sur l'apprŽciation finale. RŽsolument pensŽe pour les fans du premier volet, cette suite s'adresse en effet un petit peu trop ˆ eux, et les plus exigeants se plaindront quelque peu d'une crŽation qui n'a pas retenu toutes les leons de sa grande sÏur, malgrŽ les annŽes et le cap technique traversŽs. Seulement, si l'on fait abstraction d'une accessibilitŽ potentiellement trs dŽlicate pour les novices, un verdict indŽniable s'impose : Gravity Rush 2 est une suite d'excellente facture dont les errances sont bien trop peu pŽnalisantes, et tant pis si elles semblent se cumuler un peu trop sur la globalitŽ. Ë aucun moment, elles ne viennent se regrouper pour entacher une crŽation qui ne mise absolument pas que sur sa magie audiovisuelle pour sŽduire. Ë travers une aventure riche en rebondissements, d'une longueur trs respectable et qui apporte son lot de rŽponses inattendues aux fans de la premire heure, la nouvelle (et dernire ?) aventure de Kat se montre tour ˆ tour mystŽrieuse, enivrante, Žmouvante et pleine de vitalitŽ. MalgrŽ leur relative perfectibilitŽ, les nouveautŽs de gameplay constituent des efforts non nŽgligeables dans un jeu qui relve toujours autant du dŽfi technique, et comme le tout prend forme dans un univers au design hors du commun et merveilleusement construit, on ne peut que se lancer avec enthousiasme dans ce titre accrocheur, solide et trs complet sur la durŽe, peu importent ses imperfections rarement dŽrangeantes. Reste l'Žternel problme du public visŽ : si vous ne connaissez pas Gravity Rush, il sera plus que recommandŽ de faire vos armes sur le premier opus, en remasterisŽ tant qu'ˆ faire ; si vous l'avez dŽjˆ fait, et que le concept et la direction artistique vous ont tapŽ dans l'Ïil, la probabilitŽ que cette suite vous dŽplaise est trs, trs faible. Une possible rŽvŽlation pour les novices, un accomplissement quasi assurŽ pour les fans : Gravity Rush 2 est tout simplement la suite qu'on espŽrait, et il faudrait tre d'une exigence vraiment extrme pour ne pas y voir un successeur de haute volŽe.



J'ai adorŽ / aimŽ :


+ Gros espace de jeu, colorŽ, dynamique, sympa ˆ explorer

+ Un vŽritable gŽnie architectural comme rarement vu dans un jeu vidŽo

+ La bande son aussi gŽniale et inspirŽe que dans le premier opus

+ Les cut-scenes sous forme de "visual novel", toujours cool et pleines d'humour

+ Beaucoup plus de variŽtŽ que dans son a”nŽ

+ Les nouveaux pouvoirs envoient du bois

+ Raven et les sŽquences l'impliquant ˆ fond

+ Les personnages en gŽnŽral

+ Du fan service en veux-tu en voilˆ

+ ƒpilogue vraiment surprenant

+ Grosse durŽe de vie sans trop de rŽpŽtitivitŽ

+ Finalement, le 30fps a passeÉ

 


J'ai dŽtestŽ / pas aimŽ :

 

- É mais en 60fps a aurait VRAIMENT tabassŽ (mme si c'est chipoter)

- Chutes de framerate assez violentes quand c'est le foutoir ˆ l'Žcran

- La vue FPS : okay c'est bien foutu, mais justeÉ pourquoi ?

- CamŽra qui rend dingue dans les petits espaces ou lors de certains combats

- Ma”trise assez confuse de pas mal d'ŽlŽments de gameplay

- JouabilitŽ moyenne et frustrante lors des phases sans pouvoir

- Distance d'affichage pas folle mme si habilement contournŽe

- Phases d'infiltration exigeantes dans le mauvais sens du terme

- Quelques missions inutilement ˆ rallonge

- Des longueurs perfectibles dans le scŽnario

- De dr™les d'erreurs de traduction ou de grammaire dans les textes franais

- Pas terrible pour les joueurs qui n'ont jamais touchŽ au premier volet

 

 

 

 

11 avril 2017 – Note sur le DLC :

 

C'est assez rare pour tre signalŽ mais je me permets un petit addenda ˆ un de mes articles, pour Žvoquer le DLC du jeu ici testŽ. Suite ˆ ses reports, Gravity Rush 2 s'est vu offrir une promotion de taille sur le contenu additionnel dŽdiŽ ˆ Raven (dont le tarif initialement prŽvu n'Žtait pas connu, mais vraisemblablement tournant autour des 10 Û). En effet, Sony l'a rendu tout simplement gratuit, un peu comme le fit Ubisoft avec Dead Kings, l'extension initialement payante prŽvue pour Assassin's Creed Unity. C'Žtait donc l'occasion de s'y frotter et de rajouter ce petit supplŽment en fin d'article.

 

Une autre histoire : L'arche du temps – Le choix de Raven (c'est son nom completÉ), publiŽ un peu plus de deux mois aprs la sortie du jeu, Žtait annoncŽ par Keiichiro Toyama comme un complŽment axŽ sur Raven exclusivement et ayant pour objectif de poursuivre "l'arc narratif laissŽ en suspens ˆ la fin du premier Gravity Rush" (sic). Le crŽateur de la sŽrie, qui rappelons-le est Žgalement derrire les licences Silent Hill et Forbidden Siren, promettait Žgalement environ 5 heures en prenant son temps. Seulement voilˆ, cette promesse s'avre bien gŽnŽreuse : ce DLC se boucle en 2, voire 3 heures en Žtant "complŽtioniste", avec un rythme inŽgal et pas mal de longueurs, et a tendance ˆ apporter davantage de questions que de rŽponses. SituŽ davantage dans la timeline du premier volet, ce DLC ne permet d'explorer que Hekseville, si toutefois on peut parler d'exploration.

 

Ë part une pauvre collection annexe de souvenirs qui n'apporte rien, le personnage de Raven n'Žvolue pas, ne dispose que de deux pouvoirs exclusifs qui demeurent identiques du dŽbut ˆ la fin en terme de puissance, et ne s'avrent pas franchement transcendants. On progresse au travers d'une structure totalement linŽaire le monde ouvert que constitue le monde de Gravity Rush 2 n'est que tristement chimŽrique, et si le plaisir de retrouver le style propre ˆ la sŽrie est forcŽment , le sentiment de nouveautŽ propre au contr™le de Raven s'en trouve finalement assez bridŽ. Quant ˆ l'aspect scŽnaristique, s'il ouvre quelques nouvelles portes, on est clairement dans la sous-exploitation et le questionnement supplŽmentaire (je n'en dirai pas davantage pour Žviter tout spoil, mais on pouvait clairement espŽrer mieux).

 

En fin de compte, certes, c'est gratuit, mais Žtait-ce une raison pour livrer un DLC aussi moyen dans l'ensemble ? Rien n'est moins sžr. Et quand on sait que c'est trs probablement ainsi que se refermera la sŽrie, on est en droit d'tre un minimum dŽu, plaisir prolongŽ (quoiqueÉ) ou pas.

 

 

 

Antistar

 

 

© Antistar  2016-2017  ¥ Host : FFVIMan  ¥ Bannire : Orioto ¥ Contact : Twitter